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Autoren: Christiane et Jean-Paul Jacob

Véritables anecdotes sur la vie errante d’un chanoine alsacien
 RUMPLER François Louis (1730-1806)
Textes tirés de sa biographe et fidèlement reproduits par:
Christiane JACOB née RUMPLER et Jean-Paul JACOB, Strasbourg

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François Louis RUMPLER
Caractère ,enfance et éducation
François Louis ,l’espiègle
François Louis ,casse-cou
François Louis ,le voyageur
Accident de cabriolet
François Louis …au séminaire
Noviciat
Administration de cure à Haguenau
Chanoine à Haguenau
Castor refusé
Versailles
Permutation canonique
Voyage à Rome
Conversazioni à Rome
Audience du Pape
Voyage à Venise
Voyage à Paris
Equipage perdu au jeu
Retour à Strasbourg
Pêche copieuse
Chanoinesse à St. Pierre l.J.
 50 Louis ..la grâce
Canonicat dze Varsovie
Nomination de chanoine …
Statuts du Chapitre
Bail de 9 ans
Epitaphe
Visite à Voltaire
Rohrbach
Billet de Loterie
Procès
Recueil de lettres
Commerce de tableaux
Révolution de 1789
de Chanoine à évêque
Mont Ste. Odile
Adjudication (biens de l’église)
 …ses adversaires
             …….à suivre
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François Louis RUMPLER   

François Louis est né le 15 mai 1730 à Obernai (=village situé sur la rivière Ehn). Son père (16.  - 1755 ) y avait exercé depuis 1705 les fonctions de notaire royal et apostolique ainsi que celles de trésorier des deniers royaux et patrimoniaux de la ville
Concernant sa généalogie, François Louis raconte: Il (son père Nicolas) était petit-fils de Jean RUMPLER, Bourg-Maître & le sixième fils de Nicolas qui avait rempli une pareille charge pendant 30 ans. Des cinq autres, ses frères, quatre se sont consacrés à l’état ecclésiastique; l’aîné de tous est mort notaire à Strasbourg.
Ce notaire (le père de François Louis), de 50 ans d’exercice, a eu quatre femmes.
La première était veuve & mère de feu M. DORSENER…
La seconde était une demoiselle FISCHER, fille du bailli d’Andlau, Niderné,…Il en a eu deux fils & quatre filles. L’un de ceux-là a été reçu avocat au conseil souverain, & fait greffier du baillage de Dorlisheim. L’autre s’est voué au cloître. Celles-ci ont toutes été mariées à des juges & à des greffiers.
La troisième était encore une veuve, née FALK, délaissée par le sieur PIMPEL, médecin de la ville. Elle avait trois filles de son premier mari, qui ont pris le voile dans l’ordre de la Congrégation, de même que l’unique enfant que mon père avait eu avec elle, & qui a rempli dignement, une quarantaine d’années, la place de préfète des pensionnaires au couvent de Ste Barbe, pendant qu’une de ses sœurs utérines gouvernait la communauté, en qualité de supérieure, immédiatement avant madame la baronne de Zugmantel…
La quatrième enfin, ma mère, était de la famille de MADER, petite fille de M. le bailli de KESTLER………

Deux fils & deux filles ont été le fruit de ce dernier mariage, fait en 1724. L’aîné (……Nicolas Antoine..) mort à Paris, après une vie vraiment exemplaire, était ci-devant recteur & chanoine à Haguenau…(= paroisse St. Georges).
L’aînée des filles, après trente ans de profession, a fini saintement sa carrière dans le monastère de la Visitation à Saint-Etienne (à Strasbourg).
La cadette (Marie Charlotte…), qui avait refusé différents partis, entre autre,…M. le baron d’Ichtratzheim, trop disproportionné d’âge, a épousé M. LAQUIANTE, président de la maréchaussée, juge royal des forts & citadelles, & notaire royal à Strasbourg
Enfin le dernier rejeton du lit, rejeté en dernière instance ou en dernier ressort, comme le dernier des hommes; même en dernier lieu, par un des derniers de son corps; c’est moi, mis au monde……le 15 mai 1730.
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CARACTERE, ENFANCE et EDUCATION

Dans sa biographie, François Louis dépeint sa personne comme étant…. Né confiant, d’un commerce facile, quoique d’humeur vive; incapable d’adulation, de bassesse, de duplicité; étranger aux intrigues; passionné pour l’ordre ferme par principe & franc de caractère; fier du sentiment intime d’une droiture naturelle; ne connaissant de vraie noblesse que dans la force de l’âme, de véritable grandeur que dans la vigueur de la pensée, de solide gloire que dans la sagesse; je trouve la source de mon malheur dans l’ensemble de ces mêmes dispositions de l’esprit & du cœur, qui auraient dû, ce semble, me frayer une voie fleurie à la vie plus douce & la plus heureuse.
De son enfance, François Louis raconte que, déjà sa passion pour l’ordre, lui a causé quelques brouilles avec sa gouvernante… « Si en m’habillant elle négligeait de donner de la symétrie aux rubans de mon collier, si elle s’avisait de me mettre mon bonnet un peu de travers, je jetais de hauts cris, pour avoir justice de ma mère, qui me la rendait quelque fois, en me montrant la verge, ou en m’interdisant pour six heures le boire & le manger, par la privation du déjeuner ou du goûter.
François Louis a reçu l’éducation dispensée à l’époque aux enfants de bonne famille, comme lui surtout, fils de notaire bien connu à Obernai!
Il raconte «Je dois à la défunte société de Strasbourg, où j’ai étudié, le peu de latin que j’ai retenu de huit mortelles années de leçons.

Je me rappelle qu’étant en sixième, étroitement lié d’amitié avec un étudiant de cinquième, j’ambitionnais, avec passion, de me voir dans la même classe que lui, pour être son égal. Je me croyais humilié aux yeux de mon ami, en paraissant si petit relativement à lui, car un cinquième, comme on fait, regarde un sixième de son haut; (il s’agit de Laquiante, futur mari de sa sœur!)
…et d’ajouter….tel qu’un doyen de chapitre envisage un chanoine (allusion faite aux futurs démêlés avec le prévôt Regemorte et doyen Lantz du chapitre de St. Pierre le Vieux).
Il poursuit…….

J’ai fait part de mon chagrin à ma mère. Elle était bien avec le préfet, qui venait souvent en vendange chez elle. On s’intéressa à mon sort.
Dès que les vacances furent finies, on me fit composer à l’ouverture des classes avec mon ami et ses camarades. Le préfet lui-même me glissa, tout fait, le thème que le régent lui avait communiqué en secret et je me vis tout le premier pour cette fois, par la composition de ma mère.
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François Louis, l’espiègle poisson d’avril!

…………..dont fut l ‘objet sa sœur Charlotte!!!

Un jour, c’était semble-t-il à l’occasion des 18 ans de sa sœur qu’on trouva collée (paraît-il) sur un coin de la rue une affiche dont le texte est reproduit ci-après:

AVIS AU PUBLIC

On fait savoir à tous Antagonistes du Célibat,
Mariagi-pétes, Epouseurs & autres, que Mlle
Marie-Charlotte-Elisabeth-Anne-Félicité–
Pierrette RUMPLER, Filleà-peu-près unique de
M Nicolas RUMPLER, Notaire royal & apostolique à
Ober-Ehnheim, & de Dame Jeanne-Madeleine MADER,
cherche à fixer sérieusement son Etat.
Ses avantages & ses qualités attrayantes étant jusqu’ici
demeurées comme assoupies & ensevelies dans le centre
même du beau monde, elle entend aujourd’hui, pour en
avoir justice, user de la dernière voie compète, & en tirer
parti, pour parvenir à ses fins.
Elle débute en conséquence, par dévoiler naïvement le plus
clair & le plus séditieux de ses charmes, au goût de la plus
nouvelle mode; consistant en vingt cinq mille livres de dot
libre et franche.
Elle se borne d’ailleurs à notifier modestement qu’elle n’est
rien moins que surannée & qu’outre qu’elle joint
l’embonpoint au bon naturel, elle darde encore l’œil, noir
comme un Castor de Lion, un regard des plus doucereux.
Ses traits au reste, sa vertu, son honneur, ensemble son
petit nécessaire (pour ne point amuser les passants & parler
en gros) sont faits & pris designer les présentes par notre
Greffier syndic & icelles muni du sceau de notre ville.
Fait à Ober-Ehnheim ce 11 février 1765.
Par Ordonnance, signé EGGS, Greffier Syndic

François Louis chargea un ami de la maison, feignant d’avoir arraché ce papier encore enduit de colle fraîche, au coin de la rue, de venir précipitamment le présenter à sa sœur!!!
Celle-ci ainsi que sa belle-sœur présente crurent toutes deux que d’autres exemplaires étaient affichés aux quatre coins de la ville!!!
Qui a osé prendre une telle initiative et dans quel but!!!???
La supercherie était de courte durée…et l’affolement général aussi.
Le cher frère François Louis déclara être l’auteur de ce mystère de la niche…..et que le texte n’était connu que de lui-même, du confident et de l’imprimeur……..ce n’était qu’un poisson d’avril!!!
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François Louis…casse-cou

La scène se déroula au cours d’une promenade à cheval avec sa sœur Charlotte dans la campagne d’Obernai.
Au détour d’un chemin, F. L. aperçut, au loin, un âne avec son ânier....
Tout en plaisantant il dit à sa sœur je vais faire sauter mon cheval par dessus l’âne et par dessus l’ânier!!!
Aussitôt dit aussitôt fait!!! Il se lance au galop….la rossinante de sa sœur le suivit de la même allure……..
F. L. vise droit sur l’âne et d’un coup d’éperon son cheval s’envola par dessus l’âne………..le coup aurait réussi si les deux crochets du bât, trop saillants sur le dos de l’animal-bête, n’eussent rencontré en l’air les quatre fers de mon sauteur.
Que voulez vous qu’il arrivât?…..un tas informe de deux chevaux, trois personnages et d’un âne restant seul debout!!!!
Entassés les uns sur les autres, qu’il a fallu et du secours et du temps pour se débarrasser.
Ce saut d’obstacle lui a coûté un louis pour indemniser l’ânier.
D’autres exploits de ce genre?…toujours je faisais des équipées dans ce goût là.

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François Louis….le voyageur 

C’était en 1753, François Louis pourvu d’une diligence à 2 ou quatre chevaux, accompagné d’un domestique fidèle, a commencé ses courses pour voir la capitale du royaume de France.
De Paris il entreprit un voyage à Londres.
Un soir il s’est trouvé à côté d’un gentleman au spectacle du COVENT-GARDEN. Ce gentleman, incommodé par la chaleur, ôta sa perruque et la mit devant François Louis………façon de faire qui régala son nez et sa vue des ses exhalaisons odorantes ainsi que des vapeurs que poussait sa tête fraîchement tondue et fumante ...ajoutez à cela l’odeur du tabac à mâcher et le cliquetis d’une bourse qu’il ouvrait à chaque instant.
Il est à présumer que ma patience, à supporter ses politesses, m’avait mis dans ses bonnes grâces; car au sortir de la salle, prêt à monter en voiture, il me fit………..violence, pour m’entraîner, malgré moi.
souper chez lui.
Au dessert, notre gentleman voyant que FLR ne buvait pas, lui lança in défit en disant très sérieusement:
Or beat or drink,… qu’il fallait boire ou se battre avec lui.
François Louis n’était pas homme pour lutter avec un autre, du moins pas physiquement……….quoique...
Il vida un verre, la deuxième option était remplie… quitta la salle à manger sous prétexte de faire un tour…
je fis le tour si grand, que je n’ai plus rencontré le bon gentleman.

Après quelques virées en Angleterre, François Louis s’embarqua sur la Tamise pour rentrer au pays. Comme compagnon de route il s’est acheté un singe qui, à Calais, lui occasionna quelques frais de débarquement, disons que l’affaire s’est soldée par 12 livres de for to drink!

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ACCIDENT DE CABRIOLET

Lors d’une visite qu’il allait faire à une connaissance à Paris, son cabriolet a eu la malencontreuse manœuvre d’accrocher un porteur d’eau! que j’ai traîné sur le pavé dans l’espace de 15 à 20 pas, en lui fracassant un de ses seaux. En un instant il était entouré d’une douzaine d’énergumènes qui, neutralisant le cheval, allaient s’en prendre à son domestique!………Pour calmer cet incident il leur avait proposé 12 livres …….mais ces derniers renchérissaient en lui réclamant quatre louis du fait que le porteur d’eau s’était fait une égratignure à la joue!……..malheureusement François Louis n’avait pas la somme sur lui ………!
C’est ainsi que toute la cohue le traîna chez le commissaire tout proche!
Le commissaire consulta donc les deux antagonistes sur le champ et rendit son verdict:
Monsieur, comme vous occupez, avec votre voiture, un espace plus considérable dans la voie publique, que ne fait ce pauvre homme avec ses seaux, il est juste que vous répondiez du tort occasionné sur votre passage, par les frottements dans la foule……..
Sur ce, deux porteurs d’eau ayant été chargés d’estimer la perte subie, l’indemnité de casse à été fixée à 40 sous!
François Louis voulait à tout prix lui accorder en fin de compte 6 livres…mais le commissaire le pria de s’en tenir à la somme annoncée car il connaissait les malotrus du quartier spécialistes en manœuvres louches susceptibles de rapporter gros pour petits accrochages et autres.

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François Louis........au séminaire

Après avoir passé 18 mois à PARIS, François Louis après diverses lettres de sa famille lui annonçant que la santé de son père allait déclinant, il rentra au pays, dans sa ville natale d’Obernai.
Son père mourut 3 jours après son retour à l’âge de      ?    ans en 1755.
François Louis avait 25 ans.
Libre et jouissant de la plénitude des droits de majorité, j’ai pris le fil de mes résolutions primitives, c’est-à-dire prendre parti pour l’église.
Après un an de séminaire François Louis fut ordonné prêtre par M. l’évêque d’Arath. Sa première messe fut célébrée avec solennité avec à ses côtés comme diacre et sous-diacre deux anciens avocats, compagnons de séminaire, à savoir MM. Cointoux et Goujon.
Il aurait préféré dire une messe basse.
Sur l’insistance de ses amis et surtout de sa sœur, la messe fut célébrée dans la chapelle Sainte Barbe du Couvent de la Congrégation.
Quatre de ses demi-sœurs étaient religieuses dans ce couvent.
Après la messe sa sœur fit une espèce de noce qui réunissait chez elle une cinquantaine de parents et amis.

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NOVICIAT de François Louis

François Louis fut mis au noviciat chez un vieux prêtre, M. Joly de Moré, curé à Lièvre, paroisse dans laquelle il a œuvré pendant 6 mois seulement.
C’était en période hivernale.
J’allais par les neiges et par les glaçons administrer, pendant la nuit, à deux lieues dans les bois, des malheureux qui n’avaient pour eux, pour les enfants et pour leurs chèvres, qu’une baraque de madriers pourris, dont le plain-pied formait une sorte d’écurie, où la petite famille bipède et quadrupède mangeait d’un même plat, qui leur servait également en commun aux autres besoins de la nature. Ce plat était tout simplement le sol de leur réduit infect.
Le bon curé cherchait l’une où l’autre fois à lui épargner ces courses nocturnes.
Lorsqu’on venait de la Hingrie (pays perdu dans les vallons sur les confins de la Lorraine), appeler à minuit quelqu’un du presbytère…
il se levait doucement, prenait ses souliers dans ses mains et passait devant ma porte……….pour remplir lui-même…le déplacement nocturne.
François Louis se complaisait dans ses fonctions de vicaire.Il ne pensait quitter sa paroisse…jusqu’au jour où il a été appelé par Monseigneur à d’autres fonctions, celles de prédicateur à Phalsbourg.

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Administration de cure à Hagenau

Au temps de son séjour à Haguenau, son frère Antoine Nicolas était chanoine–recteur de la paroisse St. Georges de Haguenau.
Pendant le pèlerinage de ce dernier à Rome, le chanoine François Louis exerça les fonctions de curé-recteur pendant les six mois du séjour de son frère en Italie.
Doué pour la prédication, il faisait trois fois par mois des sermons en français qui vraisemblablement ont été goûtés…de sorte que souvent l’on était venu me prier pour prêcher à des processions de religieuses etc...
Pendant son séjour à Haguenau, il fit la connaissance d’un imprimeur auquel il confia l’impression d’un traité sur les prières et les cérémonies de la messe. Un autre recueil était consacré aux maximes des Saints, tirées de leurs écrits. (note: à ce jour il n’a pas été possible de trouver des traces de ces écrits…)

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François Louis chanoine à Haguenau   

Deux mois à peine à Phalsbourg et voilà que François Louis est nommé à un canonicat au Chapitre de Haguenau!
Je le devais à l’amitié qu’avaient les chanoines pour feu mon père…!!!
Dès la première année ses confrères lui confièrent l’administration de leurs caves et de leurs greniers avec la qualité de cellier. Par la suite il fut chargé de faire effectuer quelques réparations dans deux maisons canoniales et ce pour un millier d’écus chacune.
Soucieux d’être logé convenablement, au lieu de faire faire les réparations prescrites, il rasa les deux bâtisses et pris à sa charge le montant de la dépense d’une nouvelle construction.
On trouvera (à vérifier sur place) une pierre dans le pignon avec l’inscription: SCRUTABUNTUR DOMUM TUAM.
Par ailleurs il fait reconstruire à neuf des buanderies, des remises, et des dépendances!
A signaler qu’en fin de compte il dû mettre le double du prix des reconstructions de sa poche….car à l’époque déjà……..les pratiques occultes, les ruses et les grappillages étaient fort courantes.
Néanmoins cette expérience à la direction des bâtiments lui permis d’acquérir quelques connaissances sur les manœuvres de chaque métier.

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CASTOR REFUSE     

En 1764, Mr. de REGEMORTE, prévôt à St. Pierre le Jeune, cherchait à vendre sa charge de conseiller-clerc. Le prix fixé était de 20000 livres.
Ayant trouvé un acheteur, qui d’autre que notre chanoine!!!, l’acte de vente fut rédigé et signé avec promesse de Mr de REGEMORTE de lui donner sa procuration dès la remise d’un acompte fixé à 12000 livres. Les 8000 livres restantes devaient faire l’objet d’une constitution de rente.
C’est là qu’intervient le castor!
En effet, Mr. de REGEMORTE tout prêtre qu’il était, voulût profiter de la situation en réclamant sous le manteau, sens donné à l’époque au mot castor, un complément hors contrat de 30 louis!!! Ce profit pécuniaire n’était pas du goût du chanoine qui refusa de se plier à cette manœuvre indélicate.
Mais Mr. de REGEMORTE vexé par le refus du chanoine ne voulut plus faire la moindre démarche en ma faveur, mais il fit au contraire toutes les résistances ……afin de rendre inutile l’acte que nous venions de signer...
…et sans donner de raisons, il prit le contrat…..raya de sa main différentes clauses en ma faveur…….et n’a cessé de travailler à me nuire de toutes les manières possibles.
Ni les différentes démarches du chanoine, ni les témoignages favorables sur sa personne n’ont changé l’obstination de Mr. de REGEMORTE….il avait toujours sur le cœur son castor, ou mes 30 louis.
L’attitude de Mr. de REGEMORTE allait jusqu’à affecter la mémoire du père du chanoine, démarche qui eut aucun résultat .In fine l’affaire échoua!!! …et le chanoine renonça à l’acquisition de la dite procuration.
Au lieu d’actionner mon co-traitant en exécution de ses engagements et de conclure aux dommages – intérêts qui m’étaient dûs, j’ai abandonné le tout…
Il faut ajouter que c’est suite aux conseils de sa mère qu’il adopta cet abandon.
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François Louis ....AUMONIER ORDINAIRE DU ROI

Plein de désir d’être encore de quelqu’utilité, dans ma vie vagabonde, j’ai traité, de l’agrément du Roi, pour la charge d’aumônier de la maison de S. M.
Cette charge était naturellement payante….de combien? …on ne le sait pas exactement ( doc. voir Archives Nationales à Paris ).
En tout cas au lieu de convertir la somme X en lettres de change il emmena son trésor en monnaie sonnante et trébuchante contenue dans un sac qu’il glissa dans un coin de sa malle. Les pièces étaient si trébuchantes que, ballottées par les cahots de la malle-poste, le sac se fendit et les fameux louis s’éparpillèrent tout le long du chemin!
C’est à DOMBALE seulement, au moment de changer les chevaux, que le maître de poste s’aperçut de la déchirure du sac!!!
Le malheur de l’un (pas si malheureux que ça …) a fait le bonheur de beaucoup d’autres!
Le très bienfaisant aumônier...sans le vouloir a permis à ceux qui avaient trouvé sur le chemin, l’un 3, l’autre 6, d’autres encore...
jusqu’à 10 et 12 de ces pièces rares dans le pays…»de leur donner de la manière des champs, des vignes, des bœufs et des chevaux.
Cette perte n’était au fond qu’une vraie trouvaille, ménagée, par la Providence pour ces malheureux, qui jamais n’en auraient rien eu, s’il n’y eût eu rien de perdu.
Cette largesse fut récompensée en fin de compte par S.A.S Mgr. le prince de Condé qui, lors de la prestation de serment m’accueillit si obligeamment qu’il me fit expédier, en faveur de ma famille, un brevet de rente, sur ma charge, de toute somme que j’avais avancée.
Les gazetiers rapportèrent ce fait divers dans leur rubrique variétés.

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permutation canonique, retour à STRASBOURG

1767 Chapitre St. Pierre le Jeune ………. 15 chanoines et 5 vicaires.
Le chanoine permuta son poste à Versailles avec un confrère de St. Pierre le Jeune à Strasbourg alors que je menais une vie paisible & tranquille dans le cercle de les liaisons à Versailles……..j’ignorais absolument à quoi je devais m’attendre de la part de ceux de Strasbourg, si mal recommandés.
Il poursuit: Je devais donc m’attendre à rencontrer dans ma province….des raisonneurs à perte de vue, jaloux de ma permutation.
En effet, l’affaire du «castor» n’a jamais été digérée par le fameux REGEMORTE qui en 1764 pensait faire un bénéfice hors contrat de 20000 livres aux dépens du chanoine!
Quoiqu’il en soit, l’outrage éprouvé par REGEMORTE, semble être à l’origine des persécutions présentes et à venir à l’encontre du chanoine.
Des débuts si désobligeants, des traitements si opposés aux preuves de cette bienveillance singulière dont on m’avait bercé, des tracasseries si peu méritées par ma condescendance, m’avaient si vivement affecté, que ma santé s’en était altérée.

Déjà à Versailles il avait consulté trois célèbres docteurs… MM. de Senac, Bouillac, & Chirac… qui après de grands raisonnements ab hoc & ab hac, ...
avaient conclu unâ voce que j’étais hypocondriaque……ou que si je ne l’étais pas encore in esse, je menaçais grandement de l’être in fieri.
Par ailleurs, à Strasbourg, quatre médecins lui conseillèrent de repartir en voyage, de changer de climat, afin de rendre, par les secousses des voitures & par l’influence de l’air, du ton au genre nerveux, de porter le sang dans les vaisseaux capillaires & de dissiper ainsi les obstructions morbifiques.
Aussitôt il exécuta cet interdit de 6 mois et s’en alla prendre le chemin de Rome. Nous sommes en automne 1770.
Le brevet de permission lui avait été donné par le roi en ces termes:

BREVET DE PERMISSION POUR M. L’ABBE RUMPLER

Aujourd’hui sept septembre mil sept-cent soixante-dix, LE ROI, étant à Versailles, ayant égard à la très humble supplication, que lui a fait faire le Sr abbé RUMPLER, Aumônier ordinaire de la Maison de SA MAJESTE, & chanoine capitulaire de la Collègiale de S. PIERRE le Jeune à Strasbourg, d’aller à Rome; SA MAJESTE lui a accordé à cet effet le temps de six mois à compter de ce jour’hui, pendant lequel Elle l’a relevé de la rigueur de ses Ordonnances, à laquelle par led. S.r abbé Rumpler d’obtenir un Bref de sa Sainteté portant qu’en cas qu’il vint à décéder à Rome pendant ledit temps, le droit que SA MAJESTE aura sur les bénéfices qu’il possèdera pour lors lui sera conservé; m’ayant au moyen de ce commandé de lui en expédier le présent Brevet, que SA MAJESTE a pour assurance de sa volonté, signé de sa main & fait contresigner par moi Conseiller Secrétaire d’Etat & et ses Commandements & Finances.
Signé LOUIS
et plus bas, LE DUC DE CHOISEUL.
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VOYAGE A ROME           

Voilà François Louis parti prendre le chemin de Rome.
De Strasbourg, il prit la route de BALE pour se rendre à EINSIDELN où il fut reçu par le prince abbé de Notre Dame des Ermites. Il y séjourna trois jours. Le prince abbé chargea un de ses domestiques de conduire notre pèlerin à SCHWYTZ à travers bois. Rendu ensuite à ALTDORFF il tomba malade et songea à retourner en ALSACE. Il se trouva que dans son auberge débarqua un seigneur milanais, le comte LONGHI! avec son neveu, le chanoine Maraviglia….de retour de leur pèlerinage à Einsiedeln.
Invité à la table du comte pour souper, ce dernier le persuada de poursuivre avec lui le chemin pour MILAN à travers des montagnes percées de part et d’autre ou par des sentiers taillés dans le roc, qui d’un côté cachaient leurs pointes glacées dans les nues, tandis que de l’autre ils laissaient voir à découvert des torrents impétueux, roulants leurs eaux écumantes dans des précipices de 300 pieds de profondeur. A Milan il a bien bénéficié de la bonté et des largesses de il signor conte. Pendant son séjour à Milan, une quinzaine de jours, François Louis avait la calèche devant son immeuble. Il en profita pour visiter St. Charles, les église & les hôpitaux.

C’est à lui aussi qu’il doit de pouvoir s’exprimer en italien tant bien que mal. Après PARME, FLORENCE et BOLOGNE, François Louis arrive à ROME. Sa première visite fut rendue à S.E. Monseigneur le Cardinal de Bernis ………(une ancienne connaissance de la cour à Versailles…dont il a retenu la devise: Je préfère le paradis pour son climat mais l’enfer pour ses fréquentations) et auprès duquel il porte une lettre de recommandation de Madame la Duchesse de Villars, dame d’atours de la reine…..j’en avais d’autres de personnes illustres, pour les cardinaux Cavalchini, Boschi, le prélat Garampi etc..

15
CONVERSAZIONI à ROME                

Presque tous les jours, notre chanoine cheminait à travers Rome pour aller voir les cabinets de raretés, les galeries de tableaux, les ateliers des grands artistes, les ruines des monuments de l’antiquité……..
Comme il aime le souligner je me délectais dans la Basilique St. Pierre, à la bibliothèque du Vatican, au belvédère, au colisée, au panthéon, aux catacombes...
Quant aux soirées il allait chez les cardinaux et les princes romains, dans ces assemblées connues sous le nom de conversazioni.
Il ne s’agissait pas de s’adonner aux jeux mais il constatait qu’on pouvait s’amuser autrement qu’en coupant les cartes.
On y cause, on raisonne politique, on prend du chocolat, des pastilles, des confitures…et l’on s’y retourne d’autant plus allegramente, que chacun remporte dans sa bourse tout l’argent qu’il y avait en venant.
Quant au théâtre, il allait à l’opéra pour y bailler tandis qu’on s’y tuait à crier bravo...

16
AUDIENCE DU PAPE         

C’est grâce au cardinal de Bernis que notre chanoine doit le bonheur d’avoir eu une audience de 36 minutes du grand GANGANELLI, ce bonissime Père de l’église universelle. C’était le pape CLEMENT XIV.
Le chanoine n’était pas seul à l’audience; il était accompagné d’un certain colonel Villebois.
Il raconte: Nous savions l’un et l’autre l’étiquette des révérences et du baisement des pieds, mais le souverain pontife n’a pas voulu permettre que nous lui rendissions cet hommage de notre profonde vénération. Il s’est abaissé jusqu’à nous relever lui-même et à nous entretenir avec une bonté, qui nous pénétrait d’autant plus, qu’elle partait visiblement d’un cœur tendre et bienveillant.
Au cours de l’entretien, le pape questionna le chanoine sur la cour à Versailles, les différents services des aumôniers, des chapelains et des clercs de la chapelle du roi.
D’autres propos concernaient son voyage en Italie, les différentes villes visitées et plus particulièrement Rome et ses spectacles. Il lui  fait comprendre qu’en Italie un chanoine ne se mettait pas dans le cas de l’interdit en allant voir sur la scène une troupe de gens ailleurs excommuniés!!!

Le lendemain de l’audience papale, Mgr. le grand Camiere, lui  fit remettre de la part du pape, un chapelet de pierre de sardoine, entremêlées de grains d’or, avec une médaille et un anneau du même métal, accompagné d’un indult pour un autel privilégié et pour quinze cents indulgences plénières à distribuer à mes amis.
Il conclut avec ces mots: Ciel! me disais-je, quel est l’homme qui a 1500 amis ici-bas? quelle idée S.S. avait-elle de mon mérite.……..et de plaisanter enfin «……….grâces au petit nombre de mes amis, il me reste encore une provision honnête des bienfaits du saint père. Après trois mois de séjour à Rome, le chanoine reprit le chemin du retour, itinéraire riche en anecdotes diverses.

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Voyage de Rome à Venise       
...........et retour en Alsace.

Voilà notre chanoine parti de Rome pour aller à Venise en passant par Lorette et Ancone.
En traversant l’Apennin, son postillon originaire de Padoue manqua de faire basculer sa «chaise» dans un ravin! En effet, l’une des roues de cette fameuse chaise avait passé les rebords du précipice…deux chevaux étaient à terre. Il n’y avait plus qu’un qui retint la voiture en équilibre.
Affolé et au lieu de faire relever les chevaux, le gars de Padoue quitta tout, pour se mettre à genoux au beau milieu du chemin; et de crier de toutes ses forces: ah! Sant antonio di Padoua….
Ne croyant pas devoir laisser la providence agir toute seule le chanoine à grands coups de fouets parvint avec l’aide du padouan, à éviter une chute fatale de la voiture dans un précipice au détour d’un chemin de l’Apennin!!!
Grande frayeur donc relayée bien sûr par des remerciements à Dieu jusqu’à Lorette où il réitéra ses actions de grâce par une messe dans la Sainte Chapelle la Santa Casa.
Après quelques jours d’arrêt à Lorette il fit la connaissance d’un prélat qui lui aussi voulait se rendre à Venise.
Quelle route prendre, la voie terrestre ou la voie maritime?

On se décida à prendre le bateau et à rejoindre Venise par la mer Adriatique!
Ce voyage en mer qui laissait plutôt entrevoir une ballade agréable par temps calme, se transforma en un véritable cauchemar!
Au lieu de prendre logiquement la direction de Venise vers le nord, le vent les emporta vers les côtes orientales de la mer Adriatique…..Le trajet initialement prévu pour une durée de trois jours…….se transforma en une dizaine en pleine mer, toujours repoussés par la tramontane; il ne nous manquait plus que de faire naufrage, pour nous achever………Un coup de vent horrible est venu nuitamment briser le grand mat. Les flots soulevés entraient, par le pont, dans la barque, qui déjà en était en moitié pleine, lorsque je n’entendais de tous côtés que lamentation et cris perçants à Antonio di Padoue. Là j’ai cru, de la meilleure foi du monde, que j’étais à ma dernière heure. J’ai fait des vœux à Notre Dame, à St. Marc, à Ste Odile, et priant Dieu, sous le pont, d’où je ne pouvais m’échapper, je tenais ma main dans l’eau, pour juger, par les degrés de son accroissement, du temps qui me restait encore pour vivre, et afin de redoubler dans les mêmes proportions mes actes de contrition ………En un mot je me croyais sur les rives de l’autre monde…
Voici, enfin, Venise en vue!!! Dès son arrivée place St. Marc il ne tarda pas à s’acquitter de son, de ses vœux, dans la basilique consacrée au saint.
Le chanoine resta une quinzaine à Venise, cette ville hydrophile, pendant laquelle il observa mille choses singulières en particulier les manœuvres habiles des pickpockets d’apparence doucereuses.
Lui-même fut l’objet d’un vol. C’était au cours d’un prêche d’un moine sur le place publique, manifestation courante en ce temps-là, qui débitait des sentences à émouvoir toute l’assistance……..et pendant ce sermon il aperçut son voisin porter la main dans l’une une des poches de sa redingote!
Le voleur soi-disant affecté par le sermon du prédicateur et  après avoir essuyé ses larmes perfides, il voulait loger dans sa poche le mouchoir qu’il venait déloger de la mienne. Le chanoine ne put se retenir et infligea au voleur un schiaffo al muso accompagné de l’approbation de la foule qui l’entourait ainsi que par le prédicateur de la place qui avait observé la scène!!!
Comme souvenir, le chanoine évoque l’achat d’une Madonne, un original de Lazarini. Pour la payer il dut faire fondre ses espèces pour en avoir seulement le prix du poids, les pièces françaises n’étant pas acceptées.
Après ce pèlerinage……!!!, le chanoine s’en retourna à Strasbourg
De Venise il prit la direction de Padoue où il rendit hommage au grand St. Antoine, pour rejoindre ensuite sa province en passant par Vérone, Trente, Innsbruck et Augsburg.

18
Voyages à PARIS….       

Diverses raisons poussaient notre chanoine vers Paris ……..plusieurs invitations d’anciennes connaissances et surtout pour rappeler à son bon souvenir ses nombreux débiteurs ……..!!! intérêts pécuniaires qu’il ne fallait pas négliger pour autant.
Curieusement aussi, pour des raisons de santé, les voyages étaient pour lui «quelque exercice salutaire»!!!
Comme quelques émoluments lui étaient dus du fait de sa charge d’aumônier du roi il ne manqua pas d’alléger d’autant le trésor royal!!!
Mais comme son «portefeuille était rempli de vieux billets d’honneur, de lettres et de promesses de dix, de quinze et de vingt louis» qu’il avait «prétaillé, dans le principe de ma bonhomie, à tous ces emprunteurs de sociétés, dont la capitale regorge»……….et de continuer: «Ce n’était jamais que pour peu de temps que ces amis de ma bourse me demandaient à y fouiller.Vingt raisons persuasives étaient toujours sur leurs lèvres pour faire couler mes louis dans leurs mains. Je ne savais pas refuser: on me connaissait sur ce pied là et on en abusait…….Qui prête ainsi avec espérance de ravoir une obole de son fonds, reviendra sûrement de son erreur, quand il aura été éclairé, comme moi par dix années d’expérience»………et de conclure:……loin d’avoir jamais obtenu, d’aucun de mes débiteurs, le moindre petit acompte, j’ai au contraire, lors de mes premières courses, eu encore l’imbécillité d’augmenter leur nombre en reprêtant à de nouveaux venus, croyant toujours que ces derniers seraient plus honnêtes que leurs devanciers».
Mais qui donc étaient ces emprunteurs? Le chanoine avait-il à faire à des gens de mauvaise compagnie, à des «gueux ou des aventuriers».

Pas du tout «c’étaient… des grands vicaires, des chanoines de cathédrales, des comtes, des colonels, des conseillers du roi et même des dames de haut parage».
Ce cher abbé résume bien la ligne de conduite dans le domaine financier: «de ma vie je n’ai été tigre, mais souvent dindon»!!!
19
EQUIPAGE PERDU AU JEU!!!       

Un soir d’hiver à Paris ………..comment passer le temps si non de s’amuser à une partie de cartes, le brelan par exemple, jeu bien introduit sur les tables de la haute société!!!
En effet «on n’est pas toujours aux églises, au bréviaire, à ses affaires: il faut un délassement».
Déjà dans sa jeunesse, autour de la table familiale, de par ses parents, le jeune François Louis avait acquis la passion des jeux de cartes.
Il précise par ailleurs: «le goût du jeu m’en est resté……..détestant le gros jeu, et surtout celui de pur hasard (que j’ai toujours évité) je n’ai outrepassé quelquefois les bornes du décorum canonique, que par pure complaisance».
Pourtant, malgré sa prédilection pour les parties de brelan, c’est comme par hasard, qu’il a perdu, non seulement la mise, mais son propre équipage au profit d’une «baronne de mon pays».
C’était un soir, au cours d’une partie de brelan certainement, chez la comtesse de S…., habitant au faubourg Saint-Germain, qu’arrive une «baronne de mon pays», (une baronne alsacienne de religion luthérienne qu’il ne connaissait que de nom).
«Elle me lorgne d’abord de l’œil, puis m’examine de plus près….».
La baronne lui adresse une invitation à venir dîner chez elle le lendemain. Le chanoine décline aussitôt cette brusque invitation qui semblait cacher quelque arrière pensée de la part de cette baronne du pays. Etait-ce sa personne ou l’équipage l’objet de sa convoitise?

Il poursuit: «Elle voulait m’avoir. Un chanoine à équipage, seigneur suzerain de rouleaux d’or, bons à prendre: aimant à faire obligeamment une partie, comme on le lui avait dit, était précisément le gibier qu’il lui fallait…»
Malgré les refus du chanoine, la baronne ne lâcha pas prise! et un jour arrive chez lui «un élégant...suivi de trois laquais en livrée »et le demande à souper chez la baronne qui voulait lui communiquer des «choses des plus intéressantes».
Voilà que le soir convenu notre chanoine se présente chez la baronne.
Le piège a fonctionné. Il s’en est repenti plus tard, trop tard!
Introduit dans un appartement «meublé en damas cramoisi et baguettes d’or, après les préliminaires d’étiquette, je me suis placé près d’elle pour recevoir ses confidences si importantes. Elles étaient que la belle aurait voulu me charger du volume de sa personne pour la transporter en Alsace, à frais communs».
Mais comment une «femme sans façons et un chanoine de l’église latine »pourraient-ils faire le chemin ensemble?!
Il lui a fait comprendre qu’il ne pourrait «sans donner matière à la critique, m’exposer à voyager tête-à-tête avec une aimable dame comme elle»
Déception chez la baronne quant au motif invoqué par le chanoine.
Pour se consoler…? la baronne propose une partie de brelan avec, en tiers, «un chevalier au beau nom..»
On se souvient que le chanoine disait «elle voulait m’avoir»!!!
Si la première partie du jeu se déroula paisiblement, la seconde par contre fut orageuse. Perdant des points et des louis, le chanoine s’est trouvé sans un sous en fin de partie……..
Sa bourse fut allégée d’abord pour une 60 e de louis, pour ensuite devoir encore à la baronne 54 louis sur parole!!!
Ce fut la Béresina avant l’heure. N’ayant plus aucune ressource disponible immédiatement, il mit dans la balance sa propre berline!!
Voilà comment notre chanoine fut privé de son équipage qui devait le ramener en Alsace…….
L’affaire, suite à ce changement de propriétaire, a vite fait le tour des hôtels du Faubourg St. Germain.
On parla du chanoine en bien et en mal…certains même lui proposaient d’aller le signaler à la police.
Même le roi s’en amusa! il savait que le chanoine pipait les oiseaux dans les jardins de Versailles…et voilà que le même chanoine se voyait berné dans la capitale par une baronne de son propre pays.

20
RETOUR à STRASBOURG      

En attendant «l’arrivée de nouveaux fonds…» suite à la malheureuse perte de son équipage, le chanoine alla se faire pardonner à St. Lazare pendant une retraite de 10 jours.
Voilà que se présente à lui un «cocher de bonne mine..» auprès duquel il réserve 2 places pour Strasbourg, pour lui-même et son domestique et auquel il verse 1 louis d’arrhes.
C’était un samedi, le voyage était prévu pour le mardi suivant.
Le lundi, veille du départ, le chanoine pas de chance, se fait voler sa bourse dans sa chambre à l’hôtel garni ou il était descendu.
Après une enquête rapide il s’avère que l’auteur du vol n’était autre que le portier de l’hôtel.
«Que faire………quand on fait perdre des louis par cent avec des baronnes, on doit pouvoir perdre 10 avec un misérable» conclut-il et donna l’absolution à son gueux.
Une filouterie terminée, voilà qu’une autre s’annonce presque aussitôt!

En effet, le cocher qui devait le ramener à Strasbourg, lui avait donné rendez-vous à 6 heures du matin le mardi en question à l’enseigne du petit St. Martin… Il y avait bien du Martin, mais le cocher n’était pas là!!!
Renseignements pris, il s’avèra que le fiacre, qui devait de longue date 5 louis à l’aubergiste du St. Martin, avait encaissé des arrhes et plus auprès de 10 personnes …alors qu’il n’y avait de place que pour 4……!!! et avait fixé rendez-vous aux 4 «élus» à 5 heures du matin!!!
Comme le chanoine faisait partie des 6 autres avec son rendez-vous à 6 heures …voilà encore une affaire dont il fut le dindon avec son domestique.
Ici se vérifie le dicton… commandé et pas cherché!!!
On s’en retourna donc à Strasbourg par une liaison ordinaire et payante.
La baronne, quant à elle, «elle y est venue en effet peu après moi…et j’ai eu le plaisir de la voir, sous mes fenêtres, dans mon bel équipage de Paris..»!!!!!!
21
Pêche copieuse     

«Depuis 2 ou 3 siècles» sommeillait dans les archives financières du chapitre de St. Pierre le Jeune à Strasbourg une reconnaissance de dette de plus de 20.000 florins impliquant plusieurs pays du Palatinat, les villes de Neubourg et autres.
Cette dette «ne rendant plus ni fonds, ni rentes» ne put être récupérée malgré tous les efforts déployés par le fameux prévôt du chapitre M. de Regemorte!
Le travail désespérant de ce dernier mit en appétit notre chanoine!!!
Pour se mesurer à lui, le chanoine, muni des instructions et pouvoirs du chapitre, s’en alla sur les chemins du Palatinat pour tenter de récupérer le trésor.
près plusieurs voyages à Mannheim au cours de l’année 1775, de par ses nombreuses connaissances et sa diplomatie, il put récupérer les 20.000 florins (=10.000 livres) et plus pour les ramener à Strasbourg….!!!
Ce succès, il le doit entre autres, «au bon prince qui commande aux flots du Rhin, du Neckar et du Danube»   provoqua chez le prévôt une attitude jalouse et vexatoire ainsi décrite par le chanoine:
«Il n’en a pas moins résulté qu’à mon retour à Strasbourg, voyant ces beaux florins, le chef piqué soutint en guise de reconnaissance, qu’il avait très bien su que j’étais un intrigant».
bon prince = CARLO THEODORO   ELECTORI PALATINO
22
Chanoinesse à St. PIERRE         

….OU LE CHANOINE FARCEUR

Au cours d’un voyage qu’il faisait à Mannheim, concernant la fameuse pêche au trésor, «une dame de la cour, qui aimait bien rire, voulait que je fisse avoir une chanonie dans mon église. Il doit faire bon vivre, disait-elle, dans un chapitre ou l’on faisait de si bonnes pêches».
«En donnant une légère extension au plein-pouvoir» dont il était porteur, il rédigea l’arrêté du chapitre… à sa fantaisie et dont voici quelques extraits:
«NOMINATION à un canonicat, pour une dame d’honneur de la cour de Mannheim qui en badinant, me tourmentait pour être chanoinesse de mon chapitre».
«Cejourd’hui 9 du mois de mars de l’année 1775, les prévôts, doyen & chanoines, dans leur assemblée ordinaire…..ont capitulairement délibéré…….qu’ils nomment par les présentes à la chanoinie vacante, la personne de dame Françoise de S… chevalière de l’ordre d’Elisabeth, & officière de sa maison, dont le mérite éminent & les hautes qualités leur sont parfaitement connus………qu’elle ne jouirait point d’une maison canoniale distincte; mais que, comme première chanoinesse en titre de ladite insigne collégiale de St. Pierre, elle partagerait par moitié l’hôte de M. le prévôt (!!!!!)……..bien entendu ma dite dame ferait son stage, à l’instar des autres chanoines….
Fait à Strasbourg en chapitre les jours & an que dessus».

Un exemplaire fut envoyé à la dame «pleine d’esprit et d’une société très agréable». Cette plaisanterie (on se souvient de celle qu’il avait faite à sa sœur) amusa bien «les dames du château, même son altesse électorale».
23
50 louis....la grâce!!!      

Une affaire particulièrement sensible dépêcha le chanoine à Paris.
Ce n’était pas cette fois-ci pour raison de santé (!) ni pour se «promener»!!
Il s’agissait de solliciter la grâce à la cour pour «le fils d’un laboureur condamné à la roue par contumace».
«A la foire de son village bataillant sur la chaussée, avec le bâton qu’il portait, il avait eu le malheur de faire, dans l’ivresse, à un de ses camarades, une blessure à la tête, qui, mal pansée, lui avait causé la mort. Le père du fugitif perdant ainsi l’appui de sa vieillesse, était aller trouver certain légiste d’une vallée de par-delà le Rhin, pour le consulter. Celui-ci avait persuadé au pauvre paysan que par ses connaissances de Versailles, il obtiendrait la grâce de son fils sous quinze jours, mais qu’il fallait cinquante louis comptant.----Cinquante louis! Le vieillard n’avait pas cinquante sous.
Cependant son enfant & la roue le tourmentait. Il était allé emprunter mille francs chez le juif, pour les offrir au protecteur à cinquante louis la chose. Celui – ci les avait pris, les avait gardés, n’avait jamais écrit une syllabe, & n’avait jamais eu envie d’en rendre une obole».

Sensibilisé par le malheur de ce pauvre paysan, le chanoine envoya un mémoire au garde des sceaux, de Miromenil, ministre de la justice. Ce dernier lui demanda des copies assez dispendieuses du procès, pièces payées par le chanoine.
Il prit également à sa charge la somme empruntée au juif ainsi que les intérêts correspondants.
La réponse du ministre est reproduite ci-après:

RUMPLER , chanoine
A Versailles le 20 juin 1777

«J’ai reçu, monsieur, la lettre que vous m’avez écrite le 8 de ce mois en faveur du nommé B…. du lieu d’I….. juridiction de S….. je suis très touché, comme vous, du sort de son malheureux père; mais les circonstances du délit pour lequel il est condamné ne me permettent pas d’implorer la clémence du roi. Il résulte des éclaircissements qui m’ont été donnés que ce délit porte des caractères, &c. &c. ……..»

signé: Miromenil.

24
CANONICAT DE WARSOWIE       

Début 1773, un ministre de France, en partance pour la  Pologne, fut l’hôte du chanoine en son domicile à Strasbourg.
L’idée lui était venue de profiter du passage de cette personnalité de la cour afin que cette dernière intervienne auprès du roi de Pologne dans le but avoué de se faire nommer à un canonicat honoraire de Warsovie!
Il se trouva qu’à l’époque un nommé GARAMPI était nonce apostolique en Pologne ….le même prélat dont il avait fait connaissance lors de son voyage à Rome!
Ce dernier appuya sa demande et le chanoine obtint le titre de chanoine honoraire de Warsovie.
Ci-après la notification écrite du roi de Pologne:

«Monsieur le chanoine RUMPLER.
Sur les témoignages avantageux qui m’ont été rendus de vos mœurs & vos talents, je me suis déterminé avec plaisir à vous accorder les grâces que vous désiriez de moi & dont vous trouverez ci-jointes les patentes; persuadé qu’elles vous feront des motifs pour vous attacher à moi avec reconnaissance et vous concilier mon estime. Sur ce je prie Dieu qu’il vous ait, Monsieur le Chanoine Rumpler, en sa sainte garde.
Fait à Warsovie ce 14 janvier 1773       Signé: STANISLAS   AUGUSTE»

Cette nomination fut officialisée par un brevet signé du roi de France permettant au chanoine d’accepter un canonicat honoraire de Warsovie et d’en porter la croix.
En voici les termes:
«Aujourd’hui vingt cinq mai mil sept cent soixante treize, à Versailles, Le Roi ayant égard à la très humble supplication que lui a fait le Sr. Abbé Rumpler ancien aumônier ordinaire de la maison de SA MAJESTE, et chanoine capitulaire de l’église de St. Pierre-le jeune à Strasbourg, de lui permettre d’accepter le titre de chanoine honoraire de Warsovie que le roi de Pologne a bien voulu lui accorder ……………….permet en conséquence SA MAJESTE AU DIT Sr. Rumpler de porter dans son royaume la croix du chapitre de Warsovie ………..signé: LOUIS et plus bas
Duc d’Aguillon  avec paraphe
...et le chanoine d’ajouter: «Ah! la sotte vanité! Un chanoine d’Oberné vouloir être distingué par un ruban!»

25
Nomination de chanoine …4 contre 5  

En 1773 une élection de chanoine au chapitre de St. Pierre le jeune se préparait.
Notre chanoine avait un candidat, et non des moindres, son propre frère «plein de mérite» alors recteur à Haguenau.
Quatre électeurs, dont il avait les procurations écrites, se prononceraient pour son  frère .Ces 4 voix, plus la sienne cela ferait 5!!!
5 sur 9, la partie semblait être gagnée, pensait-il!
Mais le fameux prévôt, Mr. de Regemorte, et son acolyte Mr. Lantz avaient un autre candidat.
Il leur suffirait simplement de gagner l’une des voix, sur les quatre en faveur du chanoine, et l’affaire serait gagnée pour le prévôt!!!
Par l’intermédiaire d’un ami auprès de la cour, Regemorte réussit a faire changer d’avis le chanoine X …(membre du clan du chanoine) qui était en déplacement à Versailles.
La balance pencha ainsi en faveur du candidat du prévôt!!!

Lorsque notre chanoine eut vent de ce revirement, il décida d’aller aussitôt à Versailles afin de récupérer la voix du confrère défaillant. Il récupéra avec succès ladite voix du chapelain « honteux et rougissant»
La partie serait gagnée………..mais ce n’était pas fini pour autant!!!
Car les agents du prévôt se démenèrent pour convaincre le chanoine X …de  changer d’avis une seconde fois!!!….
Aussitôt le chanoine essaya de recontacter l’auteur des deux revirements ……….mais sans succès car le chanoine X était dès lors introuvable, peut-être enlevé et caché du côté de Marly..?
Il ne restait plus que 5 jours avant la fameuse élection: que faire?
Le chanoine prit sa plume, adressa une requête au roi (LOUIS XV) qui décida comme seule valable la toute première procuration signée du chanoine X.
Malgré tous ces revirements……. qui fut l’heureux élu?…..le candidat du prévôt (son propre neveu…!!!)
Quant au frère du chanoine, il se vit octroyer une pension du grand-aumônier du roi mais ne put jamais en jouir, puisqu’il mourut à Paris, suite à un refroidissement.
26
Statuts du Chapitre de Saint Pierre le Jeune

L’affaire de l’éviction de son frère du chapitre St. Pierre le Jeune (voir nomination de chanoine 4 contre 5) alimenta de plus belle les querelles entre le chanoine et le doyen Lantz d’une part et par là même son ennemi de toujours le prévôt Regemorte d’autre part.
Par lettre du 23.10.1773 intitulée: A Messieurs du vénérable Chapitre de Saint Pierre le Jeune, le chanoine demande de prendre chez lui le livre qui renferme les statuts, statuts qu’il n’a jamais vus, afin de lui permettre de prendre connaissance «des différents règlements qui doivent le diriger & qu’on veut qu’il ait jurés».
Le doyen Lantz refusa la demande du chanoine sans consulter les confrères sous prétexte qu’il n’était permis de le lire qu’en Chapitre.
Malgré l’avis du Chapitre selon lequel le recueil ne «pourrait point être pris par les chanoines à l’insu de leurs confrères, mais qu’il ne serait refusé à aucun d’eux, s’ils le demandaient», Mr le doyen a néanmoins refusé.
Rien n’y fit, même pas une requête à monseigneur l’évêque d’Arath …Le doyen Lantz refusa même «que le livre des règles soit lu».

Or le chanoine aurait bien voulu connaître ces règles avant de comparaître devant St. Pierre de peur que ce dernier ne lui refuse les clés du paradis sous prétexte de la non observance des règles contenues dans le dit livre.
Concernant les auteurs de ces statuts il écrit: «Mais, me disais-je ensuite, si ceux qui ont fait les statuts des potiers, étaient des cruches; si les statuts des chapeliers ont été dressés par des hommes sans têtes; les statuts des chanoines n’auraient-ils pu aussi avoir été rédigés par des â…s? Ce n’était pas honnête à penser…..!»
La question des statuts resta sur un statu quo….
27
BAIL DE 9 ANS  

...’’c’est que, privé de maison, par un statut, en ma qualité de dernier venu; si je voulais me rapprocher de mon collège, j’ai été, comme qui dirait forcé, de louer un hôtel à loger tout un chapitre, parce qu’il n’y avait, dans tout le quartier, que cet hôtel à louer’’.
Occuper l’hôtel avec ses 36 chambres revenait trop cher pour le chanoine. Aussi trouva-t-il une autre solution ’’en faisant bail pour le tout de moitié avec…le prince de Loevenstein, seigneur aimable & de bonne société’’.
Etroitement liés d’amitié, le prince et le chanoine avaient conclu un accord à l’amiable, partageant et les appartements et les loyers…
«mais la retraite inopinée du prince & de la princesse« faisait qu’après deux ans, le chanoine se trouva seul à assurer les charges de tout l’immeuble….
Un an après, «deux bons princes, souverains du cœur de l’Allemagne, …demandaient à y être logés, si je voulais les meubler à mes frais«. Le chanoine accepta, meubla les appartements à ses frais «au risque de me ruiner « écrit-t-il.
«Deux années se passèrent pendant lesquelles j’étais leur meilleur ami» dit-il!….et le jour de leur départ, voilà que «les officiers attachés à leurs maisons faisaient emballer les meilleurs de mes effets sans avoir daigné me prévenir de leur dessein».

Le chanoine pris soin de faire établir des actes juridiques attestant «semblable pillage»…Poursuivis en justice, les pillards transigèrent pour un montant de 40 louis ….et «pour le bien de la paix, il a renonça aux 400 livres de loyer qui lui étaient encore dus.
Le chanoine précise alors: «c’est après cet esclandre, que mes fidèles détracteurs ont trouvé joliment de quoi exercer leur caquet ou leur bon bec, pour prévenir tous mes locataires présents & futurs, qu’ils avaient à faire à un corsaire, capable de les mettre à la torture, s’ils osaient s’y frotter…»
Et de fait, à la suite de ces querelles à propos loyer ou mobilier, les adversaires du chanoine ne manquèrent pas de le dénigrer; une critique redoublée lorsqu’il se fournissait en meubles neufs ou vendus à l’encan.
28
EPITAPHE...à la mémoire de son frère.

A Paris, après la mort de son frère, Antoine Nicolas Rumpler, ancien recteur de Haguenau, le chanoine voulu une épitaphe en marbre, en mémoire de ce dernier dans l’église ou il avait été enterré (église du quartier de la Sorbonne).
Renseignements pris auprès du curé du quartier de la Sorbonne qui devait être le dépositaire du cercueil du défunt, il se ravisa aussitôt et compris qu’il était vain de réaliser une telle démarche.
En effet, ce curé, honnête homme, lui confessa que Rumpler, lui avait confié 500 livres pour être enterré dans le caveau de l’église.
Lors de l’enterrement, le cercueil avait bien été «descendu en présence de quarante prêtres et témoins, mais qu’il n’y avait pas resté 24 heures… l’usage étant de retirer les morts, après la cérémonie des funérailles & de les transporter hors de la ville, pour ne pas empester les vivants de leur dépouille infecte.»
Quant à l’épitaphe, si épitaphe il y a, elle n’y séjournerait pas plus longtemps ou presque.
Les emplacements sur la muraille étant limités, les épitaphes terminaient très vite leur existence pour aller s’entasser sur un ancien cimetière situé près de l’église. Ce qui fait qu’à la longue les emplacements «se vendaient donc un millier de fois ….c’est comme ça»!!!!
Le chanoine conclut: «Que le ciel récompense la candeur de M. le curé! Elle a effacé dans ma tête toute idée d’inscription lapidaire sur les murs sacrés du pays latin».
29
VISITE A VOLTAIRE  

Muni d’une commission d’un prince d’Allemagne qui souhaitait s’informer de la santé de Voltaire, notre chanoine s’en acquitta et se présente au domicile du poète-philosophe.
Il raconte: «Il y avait dans le salon une trentaine de personnes qui désiraient être annoncées; le poète ne voulait voir personne ependant je dis à Mde. DENIS de faire part à son oncle du sujet de ma visite. Elle le fit, & elle m’introduisit peu après dans son cabinet, où j’ai causé seul avec lui, l’espace d’un bon quart d’heure, quoiqu’il fût déjà bien cassé & très souffrant. Comme je cherchais à le consoler par les ressources qu’offre la religion, il se mit lui-même à en parler avec des démonstrations d’une foi si vive, que je doutais, pour ainsi dire, que je fusse chez M. de Voltaire.»
30
ROHRBACH….ou acquisition par hasard!!! 

A SPA, où il était parti prendre les eaux, le chanoine rencontra parmi ses anciennes connaissances, un «certain baron, chambellan & colonel au service d’un électeur … porteur d’un sac d’or de mille carlins».
Ce baron voulu tenter sa chance au jeu dans l’espoir de quadrupler sa mise et d’acquérir ainsi un domaine jouxtant sa terre et qui était en vente depuis peu.
Personnage averti, notre chanoine tenta, mais en vain, de dissuader le baron de risquer sa mise au jeu de dés.
Est arrivé ce qui devait arriver….le baron jouant sa dernière pièce d’or, s’adressant à notre chanoine, dit:«Ah! cher ami, que vous aviez raison.»
Le baron s’en allait le soir frapper à la porte du chanoine pour lui demander de lui prêter une cinquantaine de louis!!!
«Pour les perdre encore» se disait le chanoine, non «je lui en prêterai pas».
Pourtant il céda  …. et le baron s’en retourna à l’enfer (la salle de jeu) ….gagna effectivement quelques louis puisqu’il remboursa le chanoine le lendemain…..«mais il ne put remonter au niveau de sa perte; ce qui le mit dans la nécessité de renoncer à l’acquisition projetée…»
Mais à quoi ressemblait donc cette propriété convoitée par le baron???

«Près de quarante feux, un château, un moulin, une brasserie, haute et basse justice …chasse, pêche…des terres immenses; tout cela était séduisant pour un homme qui aimait la liberté & les lois.»
Or, justement notre chanoine, qui dans son for intérieur, rêvait de vivre retiré à la campagne, seigneur de quelque propriété!!!
Le domaine était donc «une très bonne affaire.»
Et c’est ainsi que deux mois après «je me suis vu haut & puissant seigneur».
Il raconte par ailleurs: «J’y avais fait différents voyages …. j’étais enchanté de mon acquisition; j’en raffolais;…je comptais terminer paisiblement l’hiver de ma vie.., en aimant Dieu de plus & mes ennemis de plus loin».
Qu’est-il advenu de cette propriété ………??? et où se trouve-t-elle?
31
BILLET DE LOTERIE 

Il se trouva qu’un jour, un certain marquis de Chevigny, maître de camp retiré ,s’intéressa à la collection de peinture du chanoine. En retour, ce militaire invita le chanoine à admirer la sienne. Occasion de faire connaissance…occasion pour le marquis de narrer au chanoine les ennuis consécutifs à son procès à Coblentz…pour une quaterne gagnée à la loterie électorale dont l’encaissement aurait permis au militaire de rembourser ses nombreuses dettes.
Malheureusement, un procès long et latent empêcha le marquis d’entrer en possession de son gain, le fameux quaterne
(= 4 numéros sortis au tirage d’une même ligne horizontale de loto).
Il persuada donc le chanoine de lui «faire épouser ses intérêts» et de plaider sa cause auprès de son altesse électorale de Trèves.
Muni du mandat du marquis, le chanoine s’en alla pour Coblentz, le lieu de consignation du billet de loterie.
Il y entama la négociation et ses investigations permirent de constater que l’administrateur du loto lui-même s’était fait une immense fortune avec le fameux gain. Ce dernier fut  arrêté, et remboursa le montant du billet de loterie. Le billet ainsi consigné fut donc libéré et la somme d’argent disponible… de quoi libérer aussi le marquis de ses obligations envers ses créanciers.
Mais cette fin heureuse eu des conséquences inattendues et fâcheuses pour le chanoine.
En effet, la nouvelle fortune du marquis, vit se précipiter une légion de créanciers venus assaillir le chanoine. De partout pleuvaient les saisies sur le malheureux billet de loterie avant que le chanoine n’ait même pu l’encaisser.
Partout on pensait que des milliers de florins seraient disponibles dans le pays de sorte que la bonne manne attira même des brigands et des voleurs impatients d’accaparer le magot. C’est ainsi qu’un quarteron de bandits s’adressa au chanoine afin de lui emprunter 600 florins en lui proposant comme gage une caissette contenant de précieuses montres en or!!!

Le chanoine refusa.
Ils lui proposèrent par ailleurs de l’accompagner sur la route de Strasbourg, soi- disant, pour le protéger…….
Le chanoine se méfia de cette proposition et, comme les rois mages, s’en alla à Strasbourg par un autre chemin!!!
Les bandits tentèrent de le poursuivre et s’en retournèrent bredouille à Coblentz.
Pour se venger de cet affront, les bandits s’en prirent à un autre ecclésiastique qui lui, leur prêta 40 louis pour une quinzaine de jours…..avec comme garantie la fameuse caissette contenant les montres en or!!!
Ce dernier, ne les voyant pas revenir dans les délais, fit ouvrir la caissette...et voilà qu’en fait de montres en or, on trouva soigneusement emballés des belles caillasses du Rhin!!!!!!!!!!!
Avant d’encaisser les effets relatifs au fameux billet de loterie, le chanoine avança à tort!!!…environ 25000 livres de sa poche!!!
Il restait alors encore 13 à 14000 livres pour libérer d’autres créanciers…………
32
PROCES…        

Son rôle de médiateur dans l’affaire Chevigney fut à l’origine de nombreux déboires pour le chanoine. En effet, il finit par se mettre à dos tous les créanciers du marquis.
C’est ainsi qu’à son retour à Strasbourg (en provenance de Coblentz) il fut actionné en justice devant le conseil souverain d’Alsace à Colmar de même devant l’officialité du diocèse de Strasbourg (affaires Maillet et Bernier….affaires compliquées et sans grand intérêt).
Conséquence: le chanoine fut condamné à solder l’une des créances relatives au fameux billet de loterie et défense lui est faite de se mêler désormais d’affaires de négoce….

Sentence du 20 juin 1782 OFFICIALITE DU DIOCESE DE STRASBOURG

Parties ouies & les conclusions du promoteur, de l’avis de nos assesseurs, nous avons condamné le défendeur à payer au demandeur la somme de 3000 livres provenant du billet de loterie, sauf à déduire ce qu’il justifiera avoir payé déjà. Et quant au chef de la demande de deux mille florins d’empire, avons débouté le demandeur, sauf son recours contre qui & ainsi qu’il avisera. Et faisant droit sur les réquisitions du promoteur, avons fait défense au défendeur de se mêler désormais d’affaires de négoce & de tout ce qui a rapport, comme contraire à l’état ecclésiastique & aux Saints Canons, néanmoins sans dépens.

Fait & jugé au prétoire de vénérable consistoire les jours & an que dessus.
Signé TOUSSAINT évêque d’Arath..........collationné , signé: Weinborn

Pique à vif dans son amour propre, lui qui n’avait jamais poursuivi quelque affaire par égoïsme s’en retourna engager des procès – pour justifier de sa bonne foi – devant l’officialité épiscopale de Strasbourg, devant la commission métropolitaine à Mayence, devant le conseil souverain de Colmar, devant le Conseil d’Etat à Paris et à Versailles.
Comme en toute circonstance il fut dupe de sa franchise et de sa bonhomie naturelle. Victime de la jalousie et de l’injustice injurieuse des hommes il s’adressa à l’opinion publique en publiant, non sans difficultés, son «Histoire véritable de la vie errante et de la mort subite d’un chanoine qui vit encore, écrite à Paris par le défunt lui-même:
Dieu lui fasse paix.
Publiée à Mayence depuis sa résurrection avec la filiation des pièces (1) que sa fermeté a fait naître:
LE TOUT POUR L’INSTRUCTION DES JUGES DU REVERENDISSIME CONSISTOIRE METROPOLITAIN.
sans avertissement ni avant- propos, ni préface quelconque, par déférence pour les lecteurs qui ne m’ aiment pas».
MAYENCE  M DCC LXXXIV = 1784 (1)      (nombre de pièces:101)

A cette biographie il faut ajouter le
«RECUEIL DE LETTRES ET D’APPROBATIONS DE
de différents souverains, de plusieurs princes de l’église, de quelques dames qualifiées, de magistrats, de militaires, de censeurs royaux, de jurisconsultes, de littérateurs, &&&    POUR être joints, comme supplément, à l’Histoire véritable de la vie errante &&&»....
...FRANCFORT M DCC LXXXVIII  = 1788

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RECUEIL

DE L’UNE OU L’AUTRE LETTRE D’APPROBATION DE DIFFERENTS SOUVERAINS, PRINCES etc…….et d’une lettre de son neveu LAQUIANTE.
Lettre de S.E.Mgr le Cardinal ambassadeur de S.M. à Rome
Rome, le 18 mars 1786
J’ai reçu hier, Monsieur, par la poste d’Allemagne, les mémoires en deux volumes que vous m’avez adressés et que je lirai avec plaisir. Je ne puis que vous remercier de vos attentions pour moi, et désirer des occasions de vous témoigner, Monsieur, l’estime et la considération que vous méritez.
signé le Cardinal de BERNIS

Lettre du neveu de FREDERIC II

Monsieur RUMPLER DE ROHRBACH, votre lettre et votre livre, d’un mort vivant, adressés au roi Frédéric second, mon oncle, l’ont trouvé réellement mort, à leur arrivée d’ici.
Néanmoins j’ai jugé à propos de vous faire réponse, afin de vous éviter une seconde métamorphose. Votre livre, écrits en jeux de mots, m’a laissé entrevoir combien il est facile, avec de l’esprit, de se tourmenter et d’être tourmenté. Je souhaite que votre résurrection vous procure toutes les douceurs que les bons chrétiens se promettent de goûter dans l’autre vie. Sur ce je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde.
                                                           
Lettre de M. BERTHELOT? docteur agrégé de la faculté de droit de PARIS
le 17 sept. 1787

C’est avec un véritable intérêt que j’ai lu l’Histoire véritable de votre vie errante et de votre mort subite; il m’aurait fallu un grand effort pour ne pas aller jusqu’au bout. Il est difficile, je crois, d’être plus plaisant à la fois et plus édifiant.Ce livre serait très profitable à l’éducation des jeunes gens; ils y trouveraient un esprit délicat, la philosophie la plus noble et la plus courageuse. Je me félicite, Monsieur, que mes fonctions m’ayant donné des rapports avec une personne aussi estimable que vous l’êtes, et je me trouverai très honoré si vous agréez le respect avec lequel je suis, Monsieur l’abbé,
votre,&c.
APPROBATION d’un jeune homme suspect, car il est mon neveu. Il paraît cependant que la fine diplomatique n’a pas encore subtilisé tout à fait sa franchise alsacienne, proscrite en bonne politique.

Vienne, le 13 juillet 1787

Mon cher oncle,
J’ai relu ces jours-ci et pour la 3eme fois, toujours avec un nouveau plaisir, vos mémoires. Je vous avoue franchement que je ne puis pas résister au désir de vous le dire et de vous demander de vos nouvelles. Vous m’oubliez, vous ne pensez non plus à moi qu’aux louis que vous avez semés sur la route de Paris; mais quoique fier, mon cher oncle, avec tout autre, je ne saurais l’être avec vous. Il y a quelque chose dans mon cœur qui me dit que nous avons de grandes ressemblances; qu’il viendra un temps où j’aurai la satisfaction de refaire connaissance avec vous; de vous témoigner à mon aise mon respectueux attachement, et de me former à votre école. Il y a plus, mon cher oncle, mon instinct me dit que nous passerons ensemble des mois et des années sans nous brouiller. Je ne laisse pas cependant que d’aimer la rixe par-ci par-là; cela aiguise l’esprit et anime la conversation. Mais persuadé que vous aurez presque toujours raison, je crois qu’il me faudrait l’avoir eu six fois sans souffler, pour oser vous exposer mon cas avec l’entêtement que je développe d’une manière vraiment alsacienne à l’égard de mes amis. J’ai prêté votre ouvrage à ceux que j’estime le plus, et ils m’ont enorgueilli, en m’assurant qu’ils me retrouvaient dans vingt endroits; que mon style même ressemblait beaucoup au vôtre. Jugez, mon cher oncle, comment, avec ce fond d’affection, que je vous porte, et qui ne fait que croître avec les années, à mesure que je m’éloigne de la dissipation, et que ma philosophie se fortifie; jugez, dis-je, combien vos nouvelles me deviennent précieuses. Je crois bien que mon petit amour propre y est pour quelque chose; car vous avez la bonté de me dire toujours quelque chose de flatteur; mais certainement une véritable tendresse, et une grande similitude de goûts font le fond de mon attachement. Ce n’est point auri sacra fames; car je vous aime, il me semble, plus actuellement, mon cher oncle, que vos procès ont absorbé sans doute votre fortune, que lorsque vous étiez riche. Ce n’est pas non plus la vanité; car un secrétaire d’ambassade pourrait le disputer peut-être à un doyen de collégiale, fut-il recteur d’université. C’est moins encore un sentiment d’habitude; car, dans mon enfance, je vous ai fait ma cour si rarement, que je vous étais presque étranger, lorsque vous avez eu la bonté de me conduire à Vienne. C’est donc une espèce d’attraction, qui s’est développée, depuis que j’ai fait avec vous une connaissance plus particulière par écrit.
Un de mes plus jolis châteaux en Espagne s’est réalisé dans nos montagnes; je le dois à quelque veuve que mon innocence et mes dents blanches ont captivée, (comme dirait un homme du bel air).
Il y a pêche et chasse, jardin et bibliothèque, cave et paroisse. Le tout est bien conditionné, mais plus propre qu’élégant, plus commode que vaste, plus gai que brillant; les domestiques ne sont pas nombreux, mais intelligents; ils guettent vos regards, et vont au-devant de vos désirs. Ma table est plus succulente que somptueuse; ma bière est fraîche, mon vin est vieux, et mes fruits sont délicieux.
Enfin, mon cher oncle, on y file des jours divins……Mon Dieu! j’ai déjà barbouillé tout mon papier, et je ne vous ai rien dit encore de différents petits conseils que j’aurais eu à vous demander. Cependant, comme rien ne presse à cet égard, je remettrai ma prière à une autre occasion, pour ne pas ajouter une seconde feuille à celle-ci.
Soyez bien persuadé, mon cher oncle, qu’on ne saurait ajouter aux sentiments et de respect avec lesquels j’ai l’honneur d’être, & c.
signé  LAQUIANTE
(LAQUIANTE = fils de la sœur du chanoine
Autre compliment d’un homme de lettres.

Je me suis trouvé, Monsieur, dans le cas de voir par hasard votre Histoire véritable..., je l’ai dévorée avec tant de volupté, que je ne résiste pas à la satisfaction d’oser vous le dire: daignez donc, en agréant mon compliment bien sincère à cet égard, me permettre de vous témoigner directement ma reconnaissance personnelle, pour le plaisir que vous m’avez fait goûter, et que tous vos lecteurs doivent nécessairement éprouver comme moi, s’ils sont amis de la vérité, de la gaieté, de la candeur et de la saine morale, en même temps qu’ils abhorrent, ainsi que vous et moi, le despotisme, l’iniquité, le mensonge et l’oppression.
Je suis avec profond respect, Monsieur, votre &c.

Signé:  LE CLERC
34
COMMERCE DE TABLEAUX.
       
Au n14 de la rue du coin-Brûlée à Strasbourg habitait en son temps une famille de peintres-graveurs, la famille Brentel.
Le plus connu d’entre eux était Frédéric Brentel (1580- 1651), fils de Georges, également peintre originaire de Lauingen en Bavière.
Parmi ses tableaux, le plus souvent des miniatures haut en couleurs et d’un aspect éclatant, figurait le fameux volume manuscrit, daté de 1647, exécuté pour le margrave Guillaume de Bade.
Ce volume, un genre de diptyque in octavo, comportait, en miniature, 40 tableaux des maîtres célèbres tels que Breughel, Durer, Van Dyck…..et autres.
Ce trésor avait appartenu à la margrave Agusta-Sibille de Bade et fut vendu en 1775 pour 275 florins ………l’heureux acquéreur était……….notre chanoine Rumpler.
Ce dernier le revendit pour une somme de 6000 livres au prince de Conti……et se trouve maintenant à la Bibliothèque Nationale.
p.m:
d’autres miniatures: Orphée aux enfers………………musée de Strasbourg, cabinet des estampes et des dessins
miniature «paysage fluvial avec fuite en Egypte», daté de 1638
Bankett des Margraven Wilhelm von Baden

source: Strasbourg, Historique et Pittoresque de Ad. Seyboth page 383
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LA REVOLUTION DE 1789   

.....et la CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE

La Révolution française mit fin aux procès nombreux et compliqués dans lesquels était impliqué le chanoine.
Cité en dernière instance devant plusieurs juridictions: - Mayence, Paris, Versailles, Fontainebleau, Metz et Besançon, il s’en sortit gagnant, mais au détriment de sa fortune personnelle…
La dissolution du Chapitre de St. Pierre le Jeune eut comme conséquence majeure le retour du chanoine à la vie civile et sa décision de ne plus accepter de fonction ecclésiastique.
Ses confrères quittèrent peu à peu le dit Chapitre. Il en fit de même lui mais resta à Strasbourg et s’établit dans une grande propriété qu’il fit bâtir sise rue de l’Egalité, aujourd’hui rue de la Mésange.
Partisan des idées nouvelles, il dénoncera néanmoins de par son attitude libre et indépendante les travers de l’agitation révolutionnaire au moyen de multiples écrits plus sarcastiques les uns que les autres!!!… aucun résumé ne saurait traduire le style de l’avocat qu’il fut, le diplomate qu’il était au milieu des grands de l’ancien régime en France et en Europe, l’interlocuteur incontestable qu’il fut (!) dans les évènements concernant la politique nouvelle dans la capitale alsacienne.
Son penchant pour la politique nouvelle le conduisit aux élections municipales de février 1790. Elu à une large majorité, il fut membre du premier conseil municipal de la ville de Strasbourg.
Ce dernier fut intronisé le 18 mars, cérémonie durant laquelle les membres élus s’acquittèrent de la fameuse prestation de serment à la nouvelle constitution….y compris notre chanoine!!! devant une foule nombreuse et qui s’acheva par un Te Deum à la cathédrale en présence de toutes les autorités religieuses.
Voici ci-après les termes du fameux serment:

«Nous jurons de rester à jamais fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi; de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale Constituante et acceptée par le Roi; protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circulation des biens et subsistances dans l’intérieur du royaume et la perception de contributions publiques et de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité.»
Le 16 juin 1790 eu lieu la fête de la Fédération du Rhin dans la Plaine des Bouchers (située devant la Porte de l’Hôpital) pendant laquelle, sur l’autel de la Patrie, le chanoine prêta à nouveau serment avec les autorités de la commune.
En novembre 1790 , lorsque furent créés les tribunaux de districts, le chanoine fut désigné pour en faire partie et à cette occasion prêta à nouveau le serment civil.
Il fut également membre du bureau de paix et de conciliation.
Il faut bien noter que ces prestations de serment ont été «prêtées» par notre chanoine en tant qu’agent civil ou membre du conseil municipal (sans charge ou fonction ecclésiastique) et ce, avant que la fameuse Constitution civile du clergé n’ait été décrétée .
(= réorganisation de l’Eglise de France sans l’accord de Rome…)
En effet, par décret du 27 novembre 1790, l’Assemblée exige des membres du clergé le serment constitutionnel dont la formulation trouva une forte opposition sinon un refus catégorique parmi le clergé et notamment auprès de notre chanoine.(1)
Pourtant, en principe, le chanoine n’avait pas à prêter le serment de la constitution civile du clergé, n’ayant pas de fonction ecclésiastique!!!!
Mais lorsque plus tard la formulation de ce serment fut comprise dans celle exigée de tous les employés civils, une période de persécution commença pour le chanoine motivée par le refus de  prêter serment dans la dite formulation. Ce comportement lui valut d’être considéré comme prêtre parjure par ses coreligionnaires et comme prêtre réfractaire par les révolutionnaires!!!
(1) voir la formulation élaborée par le chanoine en vue de trouver une solution intermédiaire………
«Formule d’une déclaration, dont le projet a été conçu par un prêtre vertueux, fonctionnaire public de la commune de Strasbourg, dans la vue de rassurer la conscience de ses confrères, relativement à la prestation du serment exigé par la loi, lequel doit se prêter dimanche, le 23 janvier 1791»….. prestation qui n’a pas vu le jour!!!
Autre écrit relatif au serment…..

«Mes doutes, ou réflexions d’un prêtre citoyen du département du Bas-Rhin sur le serment civique du clergé, adressées à ses confrères fonctionnaires publics.»
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....de chanoine à EVEQUE…!!!?      

La Constitution civile du clergé comportait, entre autres, les dispositions pour l’élection des évêques dans chacun des 83 départements créés.
Les évêques sont élus par l’assemblée des électeurs du département, c’est à dire, par le corps électoral politique (les curés le sont par les districts)……..électeurs catholiques, luthériens, calvinistes confondus.
Il faut ajouter que toutes les fonctions ecclésiastiques sans charge d’âme sont supprimées…..(de ce fait le chanoine perdit son titre de chanoine!!!)
Peu avant cette élection, certains membres du département, des districts et du conseil municipal de Strasbourg tentèrent de persuader le chanoine (qui reste prêtre malgré tout) de poser sa candidature à ce poste!!!
Ce dernier déclina la proposition en spécifiant qu’il n’accepterait aucune charge pastorale… préférant sa liberté d’action à une course d’intérêt personnel.
Malgré cette attitude on lui reprocha quand-même d’avoir voulu devenir évêque!!!
Il répliqua aussitôt par sa «Lettre au rédacteur de la chronique de Strasbourg»
L’élection proprement dite se déroula le 6 mars 1791.
M. BRENDEL, par 419 voix (catholiques et protestants!) fut désigné comme évêque constitutionnel du diocèse du Bas-Rhin.
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Le Mont Sainte Odile? ….. j’achète!!!!

Il serait trop long et fastidieux de relater l’évolution progressive de la prise de possession du Mont  Sainte – ODILE et de ses dépendances par le chanoine.
Néanmoins il est intéressant de noter quelques faits marquants suite au décret du 2 novembre 1789 réunissant au domaine national tous les couvents, églises etc. ….dont le monastère du Mont Sainte ODILE.
La première soumission (adjudication du 7 mars 1791, district de Benfeld) échappa au chanoine du fait de l’attitude de son agent (ancien contre-maître du chapitre de St. Pierre le Jeune) qui lui, avait été «acheté», pour quelques centaines de francs, par un soumissionnaire également intéressé par le premier lot comprenant la maison de ferme et l’hôtellerie, prairies, champs et forêts. L’acquéreur était le sieur Meinrad BRUDER boucher et maire de MUTZIG au prix de 14100 livres.
Toutefois le chanoine avait fait différer la vente des bâtiments à destination religieuse.
Ce n’est que le 27 mai 1796 (après sa sortie de prison, le 25 avril 1795, vu son refus de prêter serment) qu’il put soumissionner le couvent avec l’église et les chapelles, ainsi que les jardins et la grande cour plantée de tilleuls. Le prix était de 3.195 livres. Son premier souci fut d’aller sur la montagne afin de se rendre compte de l’état des lieux. Pour ce faire, et en passant par Ottrott, il emmena le maire de la commune et deux autres personnes pour les accompagner.
Les bâtiments étaient dans un état lamentable: tout avait été dévasté par les révolutionnaires («bandes de jacobins»): plus de portes, plus de fenêtres, plus de planchers ni tableaux. Les autels avaient également été renversés, les ex-voto et les peintures avaient été brûlés au milieu de l’église.
Arrivés dans la chapelle où reposaient les ossements de la sainte, ils constatèrent que la tombe avait été enfoncée!!!………Alors qu’ils scrutaient l’intérieur du sarcophage à travers une ouverture, qui n’était pas plus grande qu’une tête d’enfant, ils purent constater avec joie et soulagement la présence des ossements parfaitement alignés!!!
Le tenancier de l’auberge et sa femme soutenèrent que les pilleurs ayant également examiné le sarcophage en vue d’y trouver de l’or, de l’argent et de pierres précieuses, furent si éblouis qu’ils n’y trouvèrent rien!
De peur que l’endroit ne fusse à nouveau exposé à la rage des «athées» le chanoine décida de mettre en lieu sûr les saints ossements. Il fit agrandir l’ouverture du sarcophage pour permettre au fils de l’aubergiste (l’enfant avait 5 ans) d’y pénétrer et de sortir les ossements. Ces derniers furent enveloppés dans une toile de lin et posés dans une caisse fermée par trois scellés. Cette dernière fut confiée à deux hommes sûrs afin d’ être entreposée dans une église ou quelqu’autre endroit tenu secret.
Ce fut dans la sacristie d’OTTROTT-le-Haut que fut déposé le précieux colis, le 24 avril 1795. Un procès-verbal en date du 4 mai 1795 en témoigne. Craignant que la sacristie d’une église à peu près abandonnée ne fusse pas un endroit assez sûr, les reliques furent finalement cachées dans une maison particulière, à savoir chez le tailleur de pierres Mr. Joseph ROSER.

Alors que les troubles de la Révolution s’estompaient et qu’un prêtre était à nouveau installé par le chanoine, les reliques de Sainte-Odile retrouvèrent leur emplacement dans le sarcophage restauré.
Un Te Deum accompagna la cérémonie de l’inhumation le 6 octobre 1800.
Le procès-verbal rédigé par le chanoine et signé par 23 témoins fait foi de cet événement.
Le préambule de ce procès-verbal comporte une information très louable en soi mais qui prête à confusion si l’on fait état du contrat de vente du 19 nov. 1798 (donc antérieur au 6 oct. 1800) par lequel il avait cédé le domaine à son neveu Michel LAQUIANTE pour 40.000 Fr.
En effet, il y exprime sa volonté en stipulant que le Mont Ste Odile, avec ses dépendances, devait être restitué à l’Eglise et demande à ses héritiers d’opérer cette restitution…..
Il en résulte que cette restitution n’a  jamais pu avoir lieu!!!
Quoiqu’il en soit le chanoine ordonna les travaux nécessaires pour la restauration de l’ensemble des bâtiments. Une équipe d’une quinzaine d’ouvriers s’afféra à reconstruire tout ce qui avait été dévasté. Par ailleurs, le chanoine avait engagea une cinquantaine de charretiers pour le transport du matériel et des meubles en tout genre afin d’équiper les bâtiments.
Mais cette réhabilitation n’était pas du goût des révolutionnaires qui la nuit tombée encombrèrent le chemin de la montagne par des pierres ou même de gros rochers …….de sorte qu’il fallu trois jours aux ouvriers engagés pour libérer l’accès du chemin à l’aide de cordes, treuils et leviers………….
Par la suite, en 1828, la veuve de Michel LAQUIANTE (suite au partage de ses biens entre ses enfants) attribua à son fils Arthur LAQUIANTE, le couvent avec toutes ses dépendances.
Ce dernier le revendit …….et la montagne connut par la suite plusieurs autres propriétaires…
C’est en 1853 que, Mgr. RAESS alors évêque de Strasbourg, fit l’acquisition du domaine au nom et pour le compte du diocèse au prix de 40.000 francs.
REMARQUE concernant Mr. Michel Laquiante:
= fils de Charlotte Rumpler, sœur du chanoine
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Adjudication des biens de l’Eglise…..

…………..quelques acquisitions par le chanoine (celle du Mont Ste ODILE relatée par ailleurs)
- église des capucins et ses dépendances à Obernai (…….le chanoine en avait fait don à la ville)
- de nombreux champs situés dans le Kochersberg dont les ventes aux enchères lui valurent beaucoup d’ennemis, et par conséquent des procès à n’en plus finir, ses offres étant toujours supérieures à celles de autres enchérisseurs!!!

L’ambiance de certaines séances était parfois très houleuse quand arrivait «le grand et maigre abbé» …surtout dans les lieux non-catholiques!!!
- l’exemple de l’adjudication qui s’est tenue à Haguenau (mai 1791) pour des terres situées sur le ban de Lampertheim engendrèrent pas mal de déboires
- déboires également et menaces de mort lors de la vente aux enchères des
terrains et biens de son propre chapitre St. Pierre le Jeune de Strasbourg…(juin 1791 )

………….quelques écrits y référant: Réponse à:«à J.F. Simon (journaliste), le censeur» dont un extrait ci-après:
        «Je suis surpris, Monsieur, que plein de zèle, comme vous l’êtes, pour l’honnêteté publique autant que pour l’intérêt national, vous n’ayiez pas songé encore à improuver, dans vos feuilles, la conduite des jardiniers de notre commune, qui, dans la salle de district, en présence de plus de cent personnes, m’ont impudiquement menacé, jeudi dernier, de massacre et d’assassinat, de ce que j’avais fait plusieurs mises, de 5 à 6000 livres chaque fois, sur des terres de St. Pierre le Jeune, dont ils auraient voulu dépouiller la Nation, pour le dixième de la valeur des ces terrains, au préjudice de leurs concitoyens, à qui certainement il importe que la dette de l’état soit acquittée, le plutôt possible, de la vente des domaines assignés à ses créanciers………»
Strbg ce 15 juin 1791, RUMPLER
- pire encore: après une séance d’adjudication qui se tint à Haguenau (août 1791)………sur la route entre Haguenau et Strasbourg, il est tombé dans une véritable embuscade!!!…..7 paysans à cheval, de Pfulgriesheim, dont l’un était le maire du village, le menacèrent de mort et  le rouèrent de coups ainsi que le conducteur de sa berline…A un moment donné, l’un d’entre eux, du haut de son cheval voulut frapper le chanoine. Le cavalier en tomba de sa monture laquelle par ce mouvement chuta sur son maître…et l’écrasa. Le paysan mourut quelques instants plus tard malgré tous les efforts de ses compagnons d’infortune.
Le chanoine et son serviteur se sauvèrent à pieds vers Brumath …
…………. d’autres disputes , d’autres conflits et actions en justice dénotent une certaine obstination du chanoine dans l’acquisition de biens nationaux.
Ses diatribes envers les autorités de justice lui valurent même un emprisonnement de quelques jours dans une tour des Ponts Couvert…….!!!

(voir tribunal de district pour les qualificatifs et motifs concernant la conduite du chanoine ……)

……autre affaire, un écrit émanant d’un invité à la table du cardinal de Rohan à Ettenheim dans lequel le chanoine fut qualifié de «voleur des biens de l’église»………. réponse de sa part dans «Avis aux censeurs de mes principes».
Remarque générale:
pour la défense du chanoine il faut tenir compte du fait suivant: l’achat de tous ces biens (terres, couvents etc.) devait servir d’une part à la sauvegarde des lieux de culte… et d’autre part au financement d’un projet de construction d’un orphelinat dans sa ville natale.
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comment le chanoine était jugé par ses adversaires!

EPITRE ACRIMONIEUSE ADRESSEE PAR LES ADMINISTRATEURS (DIRECTOIRE…) au MINISTRE DE L’INTERIEUR LE 14 NOV. 1792, contre l’ex-chanoine.

«Le sieur Rumpler, en feignant quelques fois d’aimer sa patrie, s’est servi de ce voile d’imposture pour mieux déchirer son sien. Loin d’être soumis aux lois, il a déclamé ouvertement contre celles qui frappèrent les ecclésiastiques réfractaires ou celles qu’il prétend blesser le culte dit catholique – romain. Si, dans l’origine de la Révolution, il a été placé dans le Conseil Général de la commune de Strasbourg, c’est des mains de l’aristocratie qu’il a reçu ces fonctions. Il siège au Bureau de Paix, il est vrai, mais il y a longtemps que l’opinion publique le déclare indigne d’occuper une place quelconque dans ce temps de la Révolution, dont il est l’ennemi déclaré. Il importe peu à sa position actuelle, comme prêtre, qu’il ait, avant la Révolution, employé partie de sa fortune à l’entretien des orphelins; qu’il avance sans le prouver, avoir sacrifié plus de deux mille écus pour concilier les procès de ses concitoyens; qu’il ait remis dans la caisse de la commune douze cents livres pour don patriotique, tandis qu’il a plus de quinze mille livres de revenus.
Il n’a rien tiré de la nation, pour son traitement de chanoine; c’est qu’aux termes de la loi, il s’en est rendu indigne, en partageant avec ses collègues les deniers d’une certaine caisse du chapitre (= St. Pierre le Vieux), dans un temps où elle appartenait à cette même nation, dont il se dit l’ami, et en enlevant quelques ornements d’église pour gage de son traitement. S’il n’a pas reçu d’indemnité pour sa maison canoniale, ce n’est pas faute d’avoir fatigué les administrateurs de ses demandes réitérées; mais ceux-ci se sont refusés à les accueillir jusqu’au moment où les comptes de son chapitre auraient été rendus. Si dans ses écrits, il a censuré le vice, il a encore plus souvent déclamé contre des hommes intacts et au-dessus de tout soupçon. On s’est fort arrêté à la prétendue noblesse, achetée de ses pères et encore moins à son équipage, une domestication nombreuse, qu’il n’a jamais eue ou à la retraite qu’il a pu donner à de ci-devant religieuses. Mais les faits qui ont provoqué la dénonciation et l’arrêté des administrateurs, les voici.
Lors de la fuite de Louis et de son arrestation à Varennes, le Conseil Général de la commune a arrêté, en présence des deux autres corps administratifs, que chaque membre prêterait de nouveau le serment civique; le notable Rumpler s’y est refusé; il a voulu faire des restrictions relatives à la loi sur la Constitution civile du clergé, qu’il disait ne pouvoir reconnaître, et ce refus antipatriotique a provoqué son exclusion du sein de cette assemblée où il n’a plus été admis. Depuis qu’on a mis cette loi en exécution dans ce département, il n’a rien omis pour l’entraver.
Il s’est constamment montré le défenseur des prêtres réfractaires et de leurs adhérents; il s’est au contraire déclaré l’ennemi de ceux qui ont obéi à la loi et il n’a cessé de les détracter dans ses écrits, dans ses discours et a fait tous ses efforts pour leur ôter la confiance de leurs paroissiens. Partout il a semé les erreurs d’un fanatisme meurtrier; partout il a propagé ses odieuses maximes. C’est lui qui avait pris à bail l’église des ci-devant Capucins pour y célébrer le culte des non-conformistes. Depuis qu’elle est fermée, il s’est avisé de dire plusieurs fois la messe dans sa maison et d’y rassembler une multitude de personnes aussi fanatiques qu’il est fourbe. Ce citoyen enfin est mille fois plus dangereux que ceux qu’on a déportés ou réunis dans la maison commune. C’est un brouillon qui brave toutes les autorités et qui a fait un mal infini dans la commune de Strasbourg et les environs.
Vous voyez, citoyen, que le sieur Rumpler vous a imposé à tous égards et qu’il vous a déguisé des faits qui appellent contre lui toute la sévérité d’une loi qui n’est susceptible d’aucune interprétation. Déjà la police correctionnelle s’est vu obligée de sévir plusieurs fois contre lui. Il est temps que cet homme plus coupable que les autres, subisse au moins la même peine qui est prononcée contre ceux-ci. Nous attendons avec impatience une réponse dont la manière d’être de cet individu sollicite la plus grande célérité».

P.V. de séance du 14 nov.1792

…………….à suivre

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