Véritables
anecdotes sur la vie errante d’un chanoine alsacien
RUMPLER
François Louis (1730-1806)
Textes
tirés de sa biographe et fidèlement reproduits par:
Christiane
JACOB née RUMPLER et Jean-Paul JACOB, Strasbourg
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François Louis RUMPLER
Caractère ,enfance et éducation
François Louis ,l’espiègle
François Louis ,casse-cou
François Louis ,le voyageur
Accident de cabriolet
François Louis …au séminaire
Noviciat
Administration de cure à Haguenau
Chanoine à Haguenau
Castor refusé
Versailles
Permutation canonique
Voyage à Rome
Conversazioni à Rome
Audience du Pape
Voyage à Venise
Voyage à Paris
Equipage perdu au jeu
Retour à Strasbourg
Pêche copieuse
Chanoinesse à St. Pierre l.J.
50 Louis ..la grâce
Canonicat dze Varsovie
Nomination de chanoine …
Statuts du Chapitre
Bail de 9 ans
Epitaphe
Visite à Voltaire
Rohrbach
Billet de Loterie
Procès
Recueil de lettres
Commerce de tableaux
Révolution de 1789
de Chanoine à évêque
Mont Ste. Odile
Adjudication (biens de l’église)
…ses adversaires
…….à suivre
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François
Louis RUMPLER
François Louis est né le 15 mai 1730 à Obernai
(=village situé sur la rivière Ehn). Son père
(16. -
1755 ) y avait exercé depuis 1705 les fonctions de notaire
royal et apostolique ainsi que celles de trésorier des deniers
royaux et patrimoniaux de la ville
Concernant sa généalogie, François Louis raconte:
Il (son père Nicolas) était petit-fils de Jean RUMPLER,
Bourg-Maître & le sixième fils de Nicolas qui avait
rempli une pareille charge pendant 30 ans. Des cinq autres, ses
frères, quatre se sont consacrés à l’état
ecclésiastique; l’aîné de tous est mort notaire
à Strasbourg.
Ce notaire (le père de François Louis), de 50 ans
d’exercice, a eu quatre femmes.
La première était veuve & mère de feu M.
DORSENER…
La seconde était une
demoiselle FISCHER, fille du bailli d’Andlau, Niderné,…Il en a
eu deux fils & quatre filles. L’un de ceux-là a
été reçu avocat au conseil souverain, & fait
greffier du baillage de Dorlisheim. L’autre s’est voué au
cloître. Celles-ci ont toutes été mariées
à des juges & à des greffiers.
La troisième était encore une veuve, née FALK,
délaissée par le sieur PIMPEL, médecin de la
ville. Elle avait trois filles de son premier mari, qui ont pris le
voile dans l’ordre de la Congrégation, de même que
l’unique enfant que mon père avait eu avec elle, & qui a
rempli dignement, une quarantaine d’années, la place de
préfète des pensionnaires au couvent de Ste Barbe,
pendant qu’une de
ses sœurs utérines gouvernait la communauté, en
qualité de supérieure, immédiatement avant madame
la baronne de Zugmantel…
La quatrième enfin, ma mère, était de la famille
de MADER, petite fille de M. le bailli de KESTLER………
Deux fils & deux filles
ont été le fruit de ce dernier mariage,
fait en 1724. L’aîné (……Nicolas Antoine..) mort
à Paris, après une vie vraiment exemplaire, était
ci-devant recteur & chanoine à Haguenau…(= paroisse St.
Georges).
L’aînée des filles, après trente ans de profession,
a fini saintement sa carrière dans le monastère de la
Visitation à Saint-Etienne (à Strasbourg).
La cadette (Marie Charlotte…), qui avait refusé
différents partis, entre autre,…M. le baron d’Ichtratzheim, trop
disproportionné d’âge, a épousé M.
LAQUIANTE, président de la maréchaussée, juge
royal des forts & citadelles, & notaire royal à
Strasbourg
Enfin le dernier rejeton du
lit, rejeté en dernière instance ou en
dernier ressort, comme le dernier des hommes; même en dernier
lieu, par un des derniers de son corps; c’est moi, mis au monde……le 15
mai 1730.
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CARACTERE,
ENFANCE et EDUCATION
Dans sa biographie, François Louis dépeint sa personne
comme étant….
Né confiant, d’un commerce facile, quoique d’humeur vive;
incapable d’adulation, de bassesse, de duplicité;
étranger aux intrigues; passionné pour l’ordre
ferme par principe & franc de caractère; fier du
sentiment intime d’une droiture naturelle; ne connaissant de vraie
noblesse que dans la force de l’âme, de véritable grandeur
que dans la vigueur de la pensée, de solide gloire que dans la
sagesse; je trouve la source de mon malheur dans l’ensemble de ces
mêmes dispositions de l’esprit & du cœur, qui
auraient dû, ce semble, me frayer une voie fleurie à
la vie plus douce & la plus heureuse.
De son enfance, François Louis raconte que, déjà
sa passion pour l’ordre, lui a causé quelques brouilles avec sa
gouvernante… « Si en m’habillant elle négligeait de donner
de la symétrie aux rubans de mon collier, si elle s’avisait de
me mettre mon bonnet un peu de travers, je jetais de hauts cris, pour
avoir justice de ma mère, qui me la rendait quelque fois, en me
montrant la verge, ou en m’interdisant pour six heures le boire &
le manger, par la privation du déjeuner ou du goûter.
François Louis a reçu l’éducation dispensée
à l’époque aux enfants de bonne famille, comme lui
surtout, fils
de notaire bien connu à Obernai!
Il raconte «Je dois à la défunte
société de Strasbourg, où j’ai
étudié, le peu de latin que j’ai retenu de huit mortelles
années de leçons.
Je me rappelle qu’étant en sixième, étroitement
lié d’amitié avec un étudiant de cinquième,
j’ambitionnais, avec passion, de me voir dans la même classe que
lui, pour être son égal. Je me croyais humilié aux
yeux de mon ami, en paraissant si petit relativement à lui, car
un cinquième, comme on fait, regarde un sixième de son
haut; (il s’agit de Laquiante, futur mari de sa sœur!)
…et d’ajouter….tel qu’un doyen de chapitre envisage un chanoine
(allusion faite aux futurs démêlés avec le
prévôt Regemorte et doyen Lantz du chapitre de St. Pierre
le Vieux).
Il poursuit…….
J’ai fait part de mon chagrin à ma mère. Elle
était bien avec
le préfet, qui venait souvent en vendange chez elle. On
s’intéressa à mon sort.
Dès que les vacances
furent finies, on me fit composer à l’ouverture
des classes avec mon ami et ses camarades. Le préfet
lui-même me glissa, tout fait, le thème que le
régent lui avait communiqué en secret et je me vis tout
le
premier pour cette fois, par la composition de ma mère.
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François Louis,
l’espiègle poisson d’avril!
…………..dont fut l ‘objet sa sœur Charlotte!!!
Un jour, c’était semble-t-il à l’occasion des 18 ans de
sa sœur qu’on trouva collée (paraît-il) sur un coin de la
rue une affiche dont le texte est reproduit ci-après:
AVIS AU PUBLIC
On fait savoir à tous Antagonistes du Célibat,
Mariagi-pétes, Epouseurs & autres, que Mlle
Marie-Charlotte-Elisabeth-Anne-Félicité–
Pierrette RUMPLER, Filleà-peu-près unique de
M Nicolas RUMPLER, Notaire royal & apostolique à
Ober-Ehnheim, & de Dame
Jeanne-Madeleine MADER,
cherche à fixer sérieusement son Etat.
Ses avantages & ses qualités attrayantes étant
jusqu’ici
demeurées comme assoupies & ensevelies dans le centre
même du beau monde, elle entend aujourd’hui, pour en
avoir justice, user de la dernière voie compète, & en
tirer
parti, pour parvenir à ses fins.
Elle débute en
conséquence, par dévoiler naïvement le plus
clair & le plus séditieux de ses charmes, au goût de
la plus
nouvelle mode; consistant en vingt cinq mille livres de dot
libre et franche.
Elle se borne d’ailleurs à notifier modestement qu’elle n’est
rien moins que surannée & qu’outre qu’elle joint
l’embonpoint au bon naturel, elle darde encore l’œil, noir
comme un Castor de Lion, un
regard des plus doucereux.
Ses traits au reste, sa vertu, son honneur, ensemble son
petit nécessaire (pour ne point amuser les passants & parler
en gros) sont faits & pris designer les présentes par notre
Greffier syndic & icelles muni du sceau de notre ville.
Fait à Ober-Ehnheim ce 11 février 1765.
Par Ordonnance, signé EGGS, Greffier Syndic
François Louis chargea un
ami de la maison, feignant d’avoir arraché ce papier encore
enduit de colle fraîche, au coin de la rue, de venir
précipitamment le présenter à sa sœur!!!
Celle-ci ainsi que sa belle-sœur présente crurent toutes deux
que d’autres exemplaires étaient affichés aux quatre
coins de la ville!!!
Qui a osé prendre une telle initiative et dans quel but!!!???
La supercherie était
de courte durée…et l’affolement général aussi.
Le cher frère François Louis déclara être
l’auteur de ce mystère de la niche…..et que le texte
n’était connu que de lui-même, du confident et de
l’imprimeur……..ce n’était qu’un poisson d’avril!!!
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François
Louis…casse-cou
La scène se déroula au cours d’une promenade à
cheval avec sa sœur Charlotte dans la campagne d’Obernai.
Au détour d’un chemin, F. L. aperçut, au loin, un
âne avec son
ânier....
Tout en plaisantant il dit à sa sœur je vais faire sauter mon
cheval par dessus l’âne et par dessus l’ânier!!!
Aussitôt dit aussitôt fait!!! Il se lance au galop….la
rossinante de sa sœur le suivit de la même allure……..
F. L. vise droit sur l’âne et d’un coup d’éperon son
cheval s’envola par dessus l’âne………..le coup aurait réussi
si les deux crochets du bât, trop saillants sur le dos de
l’animal-bête, n’eussent rencontré en l’air les quatre
fers de mon sauteur.
Que voulez vous qu’il arrivât?…..un tas informe de deux chevaux,
trois personnages et d’un âne restant seul debout!!!!
Entassés les uns sur
les autres, qu’il a fallu et du secours et du temps pour
se débarrasser.
Ce saut d’obstacle lui a coûté un louis pour indemniser
l’ânier.
D’autres exploits de ce genre?…toujours je faisais des
équipées dans ce goût là.
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François
Louis….le voyageur
C’était en 1753, François Louis pourvu d’une diligence
à 2 ou quatre chevaux, accompagné d’un domestique
fidèle, a commencé ses courses pour voir la capitale du
royaume de France.
De Paris il entreprit un voyage à Londres.
Un soir il s’est trouvé à côté d’un
gentleman au spectacle du COVENT-GARDEN. Ce gentleman, incommodé
par la chaleur, ôta sa perruque et la mit devant François
Louis………façon de faire qui régala son nez et sa vue des
ses exhalaisons odorantes ainsi que des vapeurs que poussait sa
tête fraîchement tondue et fumante ...ajoutez à cela
l’odeur du tabac à mâcher et le cliquetis d’une bourse
qu’il ouvrait à chaque instant.
Il est à présumer que ma patience, à supporter ses
politesses, m’avait mis dans ses bonnes grâces; car au sortir de
la salle, prêt à monter en voiture, il me
fit………..violence, pour m’entraîner, malgré moi.
souper chez lui.
Au dessert, notre gentleman
voyant que FLR ne buvait pas, lui lança in défit en
disant très sérieusement:
Or beat or drink,… qu’il fallait boire ou se battre avec lui.
François Louis n’était pas homme pour lutter avec un
autre, du moins pas physiquement……….quoique...
Il vida un verre, la deuxième option était remplie…
quitta la salle à manger sous prétexte de faire un tour…
je fis le tour si grand, que je n’ai plus rencontré le bon
gentleman.
Après quelques virées en Angleterre, François
Louis s’embarqua sur
la Tamise pour rentrer au pays. Comme compagnon de route il s’est
acheté un singe qui, à Calais, lui occasionna quelques
frais de débarquement, disons que l’affaire s’est soldée
par 12 livres de for to drink!
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ACCIDENT
DE CABRIOLET
Lors d’une visite qu’il allait faire à une connaissance à
Paris, son cabriolet a eu la malencontreuse manœuvre d’accrocher un
porteur d’eau! que j’ai traîné sur le pavé dans
l’espace de 15 à 20 pas, en lui fracassant un de ses seaux. En
un instant il était entouré d’une douzaine
d’énergumènes qui, neutralisant le cheval, allaient s’en
prendre à son domestique!………Pour calmer cet incident il leur
avait proposé 12 livres …….mais ces derniers
renchérissaient en lui réclamant quatre louis du fait que
le porteur d’eau s’était fait une égratignure à la
joue!……..malheureusement François Louis n’avait pas la somme sur
lui ………!
C’est ainsi que toute la cohue le traîna chez le commissaire tout
proche!
Le commissaire consulta donc les deux antagonistes sur le champ et
rendit son verdict:
Monsieur, comme vous occupez, avec votre voiture, un espace plus
considérable dans la voie publique, que ne fait ce pauvre homme
avec ses
seaux, il est juste que vous répondiez du tort occasionné
sur votre passage, par les frottements dans la foule……..
Sur ce, deux porteurs d’eau
ayant été chargés d’estimer la
perte subie, l’indemnité de casse à été
fixée à 40 sous!
François Louis voulait à tout prix lui accorder en fin de
compte 6 livres…mais le commissaire le pria de s’en tenir à la
somme annoncée car il connaissait les malotrus du quartier
spécialistes en manœuvres louches susceptibles de rapporter gros
pour petits accrochages et autres.
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François Louis........au
séminaire
Après avoir passé 18 mois à PARIS, François
Louis après diverses lettres de sa famille lui annonçant
que la santé de son père allait déclinant, il
rentra au pays, dans sa ville natale d’Obernai.
Son père mourut 3 jours après son retour à
l’âge de ? ans en
1755.
François Louis avait
25 ans.
Libre et jouissant de la plénitude des droits de
majorité, j’ai pris le fil de mes résolutions primitives,
c’est-à-dire prendre parti pour l’église.
Après un an de séminaire François Louis fut
ordonné prêtre par M. l’évêque d’Arath. Sa
première messe fut célébrée avec
solennité avec à ses côtés comme diacre et
sous-diacre deux anciens avocats, compagnons de séminaire,
à savoir MM. Cointoux et Goujon.
Il aurait préféré dire une messe basse.
Sur l’insistance de ses amis et surtout de sa sœur, la messe fut
célébrée dans la chapelle Sainte Barbe du Couvent
de la Congrégation.
Quatre de ses demi-sœurs étaient religieuses dans ce couvent.
Après la messe sa sœur fit une espèce de noce qui
réunissait chez elle une cinquantaine de parents et amis.
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NOVICIAT
de François Louis
François Louis fut mis au noviciat chez un vieux prêtre,
M. Joly de Moré, curé à Lièvre, paroisse
dans laquelle il a œuvré pendant 6 mois seulement.
C’était en période hivernale.
J’allais par les neiges et par les glaçons administrer, pendant
la nuit, à deux lieues dans les bois, des malheureux qui
n’avaient pour eux, pour les enfants et pour leurs chèvres,
qu’une baraque de madriers pourris, dont le plain-pied formait une
sorte d’écurie, où la petite famille bipède et
quadrupède mangeait d’un même plat, qui leur servait
également en commun aux autres besoins de la nature. Ce plat
était tout simplement le sol de leur réduit infect.
Le bon curé cherchait l’une où l’autre fois à lui
épargner ces courses nocturnes.
Lorsqu’on venait de la Hingrie (pays perdu dans les vallons sur les
confins de la Lorraine), appeler à minuit quelqu’un du
presbytère…
il se levait doucement, prenait ses souliers dans ses mains et passait
devant ma porte……….pour remplir lui-même…le déplacement
nocturne.
François Louis se complaisait dans ses fonctions de vicaire.Il
ne pensait quitter sa paroisse…jusqu’au jour où il a
été appelé par Monseigneur à d’autres
fonctions, celles de prédicateur à Phalsbourg.
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Administration de cure
à Hagenau
Au temps de son
séjour à Haguenau, son frère Antoine
Nicolas était chanoine–recteur de la paroisse St.
Georges de Haguenau.
Pendant le pèlerinage de ce dernier à Rome, le chanoine
François Louis exerça les fonctions de
curé-recteur pendant les six mois du séjour de son
frère en Italie.
Doué pour la prédication, il faisait trois fois par mois
des sermons en français qui vraisemblablement ont
été goûtés…de sorte que souvent l’on
était venu me prier pour prêcher à des processions
de religieuses etc...
Pendant son séjour à Haguenau, il fit la connaissance
d’un imprimeur auquel il confia l’impression d’un traité sur les
prières et les cérémonies de la messe. Un autre
recueil était consacré aux maximes des Saints,
tirées de leurs écrits. (note: à ce jour il n’a
pas été possible de trouver des traces de ces
écrits…)
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François
Louis chanoine à Haguenau
Deux mois à peine à Phalsbourg et voilà que
François Louis
est nommé à un canonicat au Chapitre de Haguenau!
Je le devais à l’amitié qu’avaient les chanoines pour feu
mon père…!!!
Dès la première année ses confrères lui
confièrent l’administration de leurs caves et de leurs greniers
avec la qualité de cellier. Par la suite il fut chargé de
faire effectuer quelques réparations dans deux maisons
canoniales et ce pour un millier d’écus chacune.
Soucieux d’être logé convenablement, au lieu de faire
faire les réparations prescrites, il rasa les deux
bâtisses et pris à sa charge le montant de la
dépense d’une nouvelle construction.
On trouvera (à vérifier sur place) une pierre dans le
pignon avec l’inscription: SCRUTABUNTUR DOMUM TUAM.
Par ailleurs il fait reconstruire à neuf des buanderies, des
remises, et des dépendances!
A signaler qu’en fin de compte il dû mettre le double du prix des
reconstructions de sa poche….car à l’époque
déjà……..les pratiques occultes, les ruses et les
grappillages étaient fort courantes.
Néanmoins cette expérience à la direction des
bâtiments lui permis d’acquérir quelques connaissances sur
les manœuvres de chaque métier.
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CASTOR
REFUSE
En 1764, Mr. de REGEMORTE, prévôt à St. Pierre le
Jeune, cherchait à vendre sa charge de conseiller-clerc. Le prix
fixé était de 20000 livres.
Ayant trouvé un acheteur, qui d’autre que notre chanoine!!!,
l’acte de vente fut rédigé et signé avec promesse
de Mr de REGEMORTE de lui donner sa procuration dès la remise
d’un acompte fixé à 12000 livres. Les 8000 livres
restantes devaient faire l’objet d’une constitution de rente.
C’est là qu’intervient le castor!
En effet, Mr. de REGEMORTE tout prêtre qu’il était,
voulût profiter de la situation en réclamant sous le
manteau, sens
donné à l’époque au mot castor, un
complément hors contrat de 30 louis!!! Ce profit
pécuniaire n’était pas du goût du chanoine qui
refusa de se plier à cette manœuvre indélicate.
Mais Mr. de REGEMORTE vexé par le refus du chanoine ne voulut
plus faire la moindre démarche en ma faveur, mais il fit au
contraire toutes les résistances ……afin de rendre inutile l’acte
que
nous venions de signer...
…et sans donner de raisons,
il prit le contrat…..raya de sa main différentes clauses en ma
faveur…….et n’a cessé de travailler à me nuire de toutes
les manières possibles.
Ni les différentes démarches du chanoine, ni les
témoignages favorables sur sa personne n’ont changé
l’obstination de Mr. de REGEMORTE….il avait toujours sur le cœur son
castor, ou mes 30 louis.
L’attitude de Mr. de REGEMORTE allait jusqu’à affecter la
mémoire du père du chanoine, démarche qui eut
aucun résultat .In fine l’affaire échoua!!! …et le
chanoine renonça à l’acquisition de la dite procuration.
Au lieu d’actionner mon co-traitant en exécution de ses
engagements et de conclure
aux dommages – intérêts qui m’étaient dûs,
j’ai abandonné le tout…
Il faut ajouter que c’est suite aux conseils de sa mère qu’il
adopta cet abandon.
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François Louis
....AUMONIER ORDINAIRE DU ROI
Plein de désir d’être encore de quelqu’utilité,
dans ma vie vagabonde, j’ai traité, de l’agrément du Roi,
pour la charge d’aumônier de la maison de S. M.
Cette charge était naturellement payante….de combien? …on ne le
sait pas exactement (
doc. voir Archives Nationales à Paris ).
En tout cas au lieu de convertir la somme X en lettres de change il
emmena son trésor en monnaie sonnante et trébuchante
contenue dans un sac qu’il glissa dans un coin de sa malle. Les
pièces étaient si trébuchantes que,
ballottées par les cahots de la malle-poste, le sac se fendit et
les fameux
louis s’éparpillèrent tout le long du chemin!
C’est à DOMBALE seulement, au moment de changer les chevaux, que
le maître
de poste s’aperçut de la déchirure du sac!!!
Le malheur de l’un (pas si malheureux que ça …) a fait le
bonheur de beaucoup d’autres!
Le très bienfaisant aumônier...sans le vouloir a permis
à ceux qui avaient trouvé sur le chemin, l’un 3, l’autre
6, d’autres encore...
jusqu’à 10 et 12 de ces pièces rares dans le
pays…»de leur donner de la manière des champs, des vignes,
des bœufs et des chevaux.
Cette perte n’était au fond qu’une vraie trouvaille,
ménagée, par la Providence pour ces malheureux, qui
jamais n’en auraient
rien eu, s’il n’y eût eu rien de perdu.
Cette largesse fut récompensée en fin de compte par S.A.S
Mgr. le prince de Condé qui, lors de la prestation de serment
m’accueillit si obligeamment qu’il me fit expédier, en faveur de
ma famille, un brevet de rente, sur ma charge, de toute somme que
j’avais avancée.
Les gazetiers rapportèrent ce fait divers dans leur rubrique
variétés.
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permutation canonique, retour
à STRASBOURG
1767 Chapitre St. Pierre le
Jeune ………. 15 chanoines et 5 vicaires.
Le chanoine permuta son poste à Versailles avec un
confrère de St. Pierre le Jeune à Strasbourg alors que je
menais une vie paisible & tranquille dans le cercle de les liaisons
à
Versailles……..j’ignorais absolument à quoi je devais m’attendre
de la part de ceux de Strasbourg, si mal recommandés.
Il poursuit: Je devais donc
m’attendre à rencontrer dans ma province….des raisonneurs
à perte de vue, jaloux de ma permutation.
En effet, l’affaire du «castor» n’a jamais
été digérée par le fameux REGEMORTE qui en
1764 pensait faire un bénéfice hors contrat de 20000
livres aux dépens du chanoine!
Quoiqu’il en soit, l’outrage éprouvé par REGEMORTE,
semble être à l’origine des persécutions
présentes et à venir à l’encontre du chanoine.
Des débuts si désobligeants, des traitements si
opposés aux preuves de cette bienveillance singulière
dont on m’avait bercé, des tracasseries si peu
méritées par ma condescendance, m’avaient si vivement
affecté, que ma santé s’en était
altérée.
Déjà à
Versailles il avait consulté trois célèbres
docteurs… MM. de Senac, Bouillac, & Chirac… qui après de
grands raisonnements ab hoc & ab hac, ...
avaient conclu unâ voce que j’étais hypocondriaque……ou que
si je ne l’étais pas encore in esse, je menaçais
grandement de l’être in fieri.
Par ailleurs, à Strasbourg, quatre médecins lui
conseillèrent de repartir en voyage, de changer de climat, afin
de rendre, par les secousses des voitures & par l’influence de
l’air, du ton au genre nerveux, de porter le sang dans les vaisseaux
capillaires & de dissiper ainsi les obstructions morbifiques.
Aussitôt il exécuta cet interdit de 6 mois et s’en alla
prendre le chemin de Rome. Nous sommes en automne 1770.
Le brevet de permission lui
avait été donné par le roi en ces
termes:
BREVET DE PERMISSION POUR M. L’ABBE RUMPLER
Aujourd’hui sept septembre mil sept-cent soixante-dix, LE ROI,
étant à Versailles, ayant égard à la
très humble supplication, que lui a fait faire le Sr abbé
RUMPLER, Aumônier ordinaire de la Maison de SA MAJESTE, &
chanoine capitulaire de la Collègiale de S. PIERRE le Jeune
à Strasbourg, d’aller à Rome; SA MAJESTE lui a
accordé à cet effet le temps de six mois à compter
de ce
jour’hui, pendant lequel Elle l’a relevé de la rigueur de
ses Ordonnances, à laquelle par led. S.r abbé Rumpler
d’obtenir un Bref de sa Sainteté portant qu’en cas qu’il
vint à décéder à Rome pendant ledit
temps, le droit que SA MAJESTE aura sur les bénéfices
qu’il possèdera pour lors lui sera conservé; m’ayant au
moyen de ce commandé de lui en expédier le
présent Brevet, que SA MAJESTE a pour assurance de sa
volonté, signé de sa main & fait contresigner par moi
Conseiller
Secrétaire d’Etat & et ses Commandements & Finances.
Signé LOUIS
et plus bas, LE DUC DE CHOISEUL.
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VOYAGE
A ROME
Voilà François Louis parti prendre le chemin de Rome.
De Strasbourg, il prit la route de BALE pour se rendre à
EINSIDELN où il
fut reçu par le prince abbé de Notre Dame des Ermites. Il
y séjourna trois jours. Le prince abbé chargea un de ses
domestiques de conduire notre pèlerin à SCHWYTZ à
travers bois. Rendu ensuite à
ALTDORFF il tomba malade et songea à retourner en ALSACE.
Il se trouva que dans son auberge débarqua un seigneur milanais,
le comte LONGHI! avec son neveu, le chanoine Maraviglia….de retour de
leur pèlerinage à Einsiedeln.
Invité à la table du comte pour souper, ce dernier le
persuada de poursuivre avec lui le chemin pour MILAN à travers
des montagnes percées de part et d’autre ou par des sentiers
taillés dans le roc, qui d’un côté cachaient leurs
pointes glacées dans les nues, tandis que de l’autre ils
laissaient voir à découvert des torrents
impétueux, roulants leurs eaux écumantes dans des
précipices de 300 pieds de profondeur. A Milan il a bien
bénéficié de la bonté et des largesses de
il signor conte. Pendant son séjour à Milan, une
quinzaine de jours, François Louis avait la calèche
devant son immeuble. Il en
profita pour visiter St. Charles, les église & les
hôpitaux.
C’est à lui aussi qu’il doit de pouvoir s’exprimer en italien
tant bien que mal. Après PARME, FLORENCE et BOLOGNE,
François Louis arrive à ROME. Sa première visite
fut rendue à S.E. Monseigneur le Cardinal de Bernis ………(une
ancienne connaissance de la cour à Versailles…dont il a retenu
la devise: Je préfère le paradis pour son climat mais
l’enfer pour ses fréquentations) et auprès duquel il
porte une lettre de recommandation de Madame la Duchesse de Villars,
dame d’atours de la reine…..j’en avais d’autres de personnes illustres,
pour les cardinaux Cavalchini, Boschi, le prélat Garampi etc..
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CONVERSAZIONI à
ROME
Presque tous les jours, notre chanoine cheminait à travers Rome
pour aller voir les cabinets de raretés, les galeries de
tableaux, les ateliers des grands artistes, les ruines des monuments de
l’antiquité……..
Comme il aime le souligner je me délectais dans la Basilique St.
Pierre, à la bibliothèque du Vatican, au
belvédère, au colisée, au panthéon, aux
catacombes...
Quant aux soirées il
allait chez les cardinaux et les princes romains, dans
ces assemblées connues sous le nom de conversazioni.
Il ne s’agissait pas de s’adonner aux jeux mais il constatait qu’on
pouvait s’amuser autrement qu’en coupant les cartes.
On y cause, on raisonne politique, on prend du chocolat, des pastilles,
des confitures…et l’on s’y retourne d’autant plus allegramente, que
chacun remporte dans sa bourse tout l’argent qu’il y avait en venant.
Quant au théâtre, il allait à l’opéra pour y
bailler tandis qu’on s’y tuait à crier bravo...
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AUDIENCE
DU PAPE
C’est grâce au cardinal de Bernis que notre chanoine doit le
bonheur d’avoir eu une audience de 36 minutes du grand GANGANELLI, ce
bonissime Père de l’église universelle. C’était le
pape CLEMENT XIV.
Le chanoine n’était pas seul à l’audience; il
était accompagné d’un certain colonel Villebois.
Il raconte: Nous savions l’un et l’autre l’étiquette des
révérences et du baisement des pieds, mais le souverain
pontife n’a pas voulu permettre que nous lui rendissions cet hommage de
notre profonde vénération. Il s’est abaissé
jusqu’à nous relever lui-même et à nous entretenir
avec une bonté, qui nous pénétrait d’autant plus,
qu’elle partait visiblement d’un cœur tendre et bienveillant.
Au cours de l’entretien, le
pape questionna le chanoine sur la cour à Versailles, les
différents services des aumôniers, des chapelains et des
clercs de la chapelle du roi.
D’autres propos concernaient son voyage en Italie, les
différentes villes visitées et plus
particulièrement Rome et ses spectacles. Il lui fait
comprendre qu’en Italie un chanoine ne se mettait pas dans le cas de
l’interdit en allant voir sur la scène une troupe de gens
ailleurs excommuniés!!!
Le lendemain de l’audience papale, Mgr. le grand Camiere, lui fit
remettre de la part du pape, un chapelet de pierre de sardoine,
entremêlées de grains d’or, avec une médaille et un
anneau du même métal, accompagné d’un indult pour
un autel privilégié et pour quinze cents indulgences
plénières
à distribuer à mes amis.
Il conclut avec ces mots: Ciel! me disais-je, quel est l’homme qui a
1500 amis ici-bas? quelle idée S.S. avait-elle de mon
mérite.……..et de plaisanter enfin «……….grâces au
petit nombre de mes amis, il me reste encore une provision
honnête des bienfaits du saint père. Après trois
mois
de séjour à Rome, le chanoine reprit le chemin
du retour, itinéraire riche en anecdotes diverses.
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Voyage de Rome à Venise
...........et retour en Alsace.
Voilà notre chanoine
parti de Rome pour aller à Venise en passant par
Lorette et Ancone.
En traversant l’Apennin, son postillon originaire de Padoue manqua de
faire basculer sa «chaise» dans un ravin! En effet, l’une
des roues de cette fameuse chaise avait passé les rebords du
précipice…deux chevaux étaient à terre. Il n’y
avait plus qu’un qui retint la voiture en équilibre.
Affolé et au lieu de
faire relever les chevaux, le gars de Padoue quitta tout,
pour se mettre à genoux au beau milieu du chemin; et de crier de
toutes ses forces: ah! Sant antonio di Padoua….
Ne croyant pas devoir laisser la providence agir toute seule le
chanoine à grands coups de fouets parvint avec l’aide du
padouan, à éviter une chute fatale de la voiture dans un
précipice au détour d’un chemin de l’Apennin!!!
Grande frayeur donc relayée bien sûr par des remerciements
à Dieu jusqu’à Lorette où il réitéra
ses actions
de grâce par une messe dans la Sainte Chapelle la Santa Casa.
Après quelques jours
d’arrêt à Lorette il fit la connaissance d’un
prélat qui lui aussi voulait se rendre à Venise.
Quelle route prendre, la voie terrestre ou la voie maritime?
On se décida à prendre le bateau et à rejoindre
Venise par la mer
Adriatique!
Ce voyage en mer qui laissait plutôt entrevoir une ballade
agréable par temps calme, se transforma en un véritable
cauchemar!
Au lieu de prendre logiquement la direction de Venise vers le nord, le
vent les emporta vers les côtes orientales de la mer
Adriatique…..Le trajet initialement prévu pour une durée
de trois jours…….se transforma en une dizaine en pleine mer, toujours
repoussés par la tramontane; il ne nous manquait plus que de
faire naufrage, pour nous achever………Un coup de vent horrible est venu
nuitamment briser le grand mat. Les flots soulevés entraient,
par le pont, dans la barque, qui déjà en était en
moitié pleine, lorsque je n’entendais de tous
côtés que lamentation et cris perçants à
Antonio di Padoue. Là j’ai cru, de la meilleure foi du monde,
que j’étais à ma dernière heure. J’ai
fait des vœux à Notre Dame, à St. Marc, à Ste
Odile, et priant Dieu, sous le pont, d’où je ne pouvais
m’échapper, je tenais ma main dans l’eau, pour juger, par
les degrés de son accroissement, du temps qui me restait
encore pour vivre, et afin de redoubler dans les mêmes
proportions
mes actes de contrition ………En un mot je me croyais sur les rives de
l’autre monde…
Voici, enfin, Venise en vue!!! Dès son arrivée place St.
Marc il ne tarda pas à s’acquitter de son, de ses vœux, dans la
basilique consacrée au saint.
Le chanoine resta une quinzaine à Venise, cette ville
hydrophile, pendant laquelle il observa mille choses singulières
en particulier les manœuvres habiles des pickpockets d’apparence
doucereuses.
Lui-même fut l’objet d’un vol. C’était au cours d’un
prêche d’un moine sur le place publique, manifestation courante
en ce temps-là, qui débitait des sentences à
émouvoir toute l’assistance……..et pendant ce sermon il
aperçut son voisin porter la main dans l’une une des poches de
sa redingote!
Le voleur soi-disant affecté par le sermon du prédicateur
et après avoir essuyé ses larmes perfides, il
voulait loger dans sa poche le mouchoir qu’il venait déloger de
la mienne. Le chanoine ne put se retenir et infligea au voleur un
schiaffo al muso accompagné de l’approbation de la foule qui
l’entourait ainsi que par le prédicateur de la place qui avait
observé la scène!!!
Comme souvenir, le chanoine
évoque l’achat d’une Madonne, un original de
Lazarini. Pour la payer il dut faire fondre ses espèces pour en
avoir seulement le prix du poids, les pièces
françaises n’étant pas acceptées.
Après ce pèlerinage……!!!, le chanoine s’en retourna
à Strasbourg
De Venise il prit la direction de Padoue où il rendit hommage au
grand St. Antoine, pour rejoindre ensuite sa province en passant par
Vérone, Trente, Innsbruck et Augsburg.
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Voyages
à PARIS….
Diverses raisons poussaient notre chanoine vers Paris ……..plusieurs
invitations d’anciennes connaissances et surtout pour rappeler à
son bon souvenir ses nombreux débiteurs ……..!!!
intérêts pécuniaires qu’il ne fallait pas
négliger pour autant.
Curieusement aussi, pour des raisons de santé, les voyages
étaient pour lui «quelque exercice salutaire»!!!
Comme quelques émoluments lui étaient dus du fait de sa
charge d’aumônier du roi il ne manqua pas d’alléger
d’autant le trésor royal!!!
Mais comme son «portefeuille était rempli de vieux billets
d’honneur, de lettres et de promesses de dix, de quinze et de vingt
louis» qu’il avait «prétaillé, dans le
principe de ma bonhomie, à tous ces emprunteurs de
sociétés, dont la capitale regorge»……….et de
continuer: «Ce n’était jamais que pour peu de temps que
ces amis de ma bourse me demandaient à y fouiller.Vingt raisons
persuasives étaient toujours sur leurs lèvres pour faire
couler mes louis dans leurs mains. Je ne savais pas refuser: on me
connaissait sur ce pied là et on en abusait…….Qui prête
ainsi avec espérance de ravoir une obole de son fonds, reviendra
sûrement de son erreur, quand il aura été
éclairé, comme moi par dix années
d’expérience»………et de conclure:……loin d’avoir jamais
obtenu, d’aucun de mes débiteurs, le moindre petit acompte, j’ai
au contraire, lors de mes premières courses, eu encore
l’imbécillité d’augmenter leur nombre en reprêtant
à de nouveaux venus, croyant toujours que ces derniers seraient
plus honnêtes que leurs devanciers».
Mais qui donc étaient ces emprunteurs? Le chanoine avait-il
à faire à des gens de mauvaise compagnie, à des
«gueux ou des aventuriers».
Pas du tout «c’étaient… des grands vicaires, des chanoines
de cathédrales, des comtes, des colonels, des conseillers du roi
et même des dames de haut parage».
Ce cher abbé résume bien la ligne de conduite dans le
domaine financier: «de ma vie je n’ai été tigre,
mais souvent dindon»!!!
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EQUIPAGE PERDU AU
JEU!!!
Un soir d’hiver à Paris ………..comment passer le temps si non de
s’amuser à une partie de cartes, le brelan par exemple, jeu bien
introduit sur les tables de la haute société!!!
En effet «on n’est pas toujours aux églises, au
bréviaire, à ses
affaires: il faut un délassement».
Déjà dans sa jeunesse, autour de la table familiale, de
par ses parents, le jeune François Louis avait acquis la passion
des jeux de cartes.
Il précise par ailleurs: «le goût du jeu m’en est
resté……..détestant le gros jeu, et surtout celui de pur
hasard (que j’ai toujours évité) je n’ai
outrepassé quelquefois les bornes du décorum canonique,
que par pure complaisance».
Pourtant, malgré sa prédilection pour les parties de
brelan, c’est comme par hasard, qu’il a perdu, non seulement la mise,
mais son propre équipage au profit d’une «baronne de mon
pays».
C’était un soir, au cours d’une partie de brelan certainement,
chez la comtesse de S…., habitant au faubourg Saint-Germain, qu’arrive
une «baronne de mon pays», (une baronne alsacienne de
religion luthérienne qu’il ne connaissait que de nom).
«Elle me lorgne d’abord
de l’œil, puis m’examine de plus près….».
La baronne lui adresse une invitation à venir dîner chez
elle le lendemain. Le
chanoine décline aussitôt cette brusque invitation qui
semblait cacher quelque arrière pensée de
la part de cette baronne du pays. Etait-ce sa personne ou
l’équipage l’objet de sa convoitise?
Il poursuit: «Elle voulait m’avoir. Un chanoine à
équipage, seigneur suzerain de rouleaux d’or, bons à
prendre: aimant à faire obligeamment une partie, comme on le lui
avait dit, était précisément le gibier qu’il lui
fallait…»
Malgré les refus du chanoine, la baronne ne lâcha pas
prise! et un jour arrive chez lui «un
élégant...suivi de trois laquais en livrée
»et le demande à souper chez la baronne qui voulait lui
communiquer des «choses des plus intéressantes».
Voilà que le soir convenu notre chanoine se présente chez
la baronne.
Le piège a fonctionné. Il s’en est repenti plus tard,
trop tard!
Introduit dans un appartement
«meublé en damas cramoisi et baguettes d’or,
après les préliminaires d’étiquette, je me suis
placé près d’elle pour recevoir ses
confidences si importantes. Elles étaient que la belle
aurait voulu me charger du volume de sa personne pour la transporter en
Alsace, à frais communs».
Mais comment une «femme
sans façons et un chanoine de l’église latine
»pourraient-ils faire le chemin ensemble?!
Il lui a fait comprendre qu’il ne pourrait «sans donner
matière à la critique, m’exposer à voyager
tête-à-tête avec une aimable dame comme elle»
Déception
chez la baronne
quant au motif invoqué par le chanoine.
Pour se consoler…? la baronne
propose une partie de brelan avec, en tiers, «un
chevalier au beau nom..»
On se souvient que le chanoine disait «elle voulait
m’avoir»!!!
Si la première partie du jeu se déroula paisiblement, la
seconde par contre fut orageuse. Perdant des points et des louis, le
chanoine s’est trouvé sans un sous en fin de partie……..
Sa bourse fut allégée d’abord pour une 60 e de louis,
pour ensuite devoir encore à la baronne 54 louis sur parole!!!
Ce fut la Béresina avant l’heure. N’ayant plus aucune ressource
disponible immédiatement, il mit dans la balance sa propre
berline!!
Voilà comment notre chanoine fut privé de son
équipage qui devait le
ramener en Alsace…….
L’affaire, suite à ce changement de propriétaire, a vite
fait le tour des hôtels du Faubourg St. Germain.
On parla du chanoine en bien et en mal…certains même lui
proposaient d’aller le
signaler à la police.
Même le roi s’en amusa!
il savait que le chanoine pipait les oiseaux dans les jardins de
Versailles…et voilà que le même chanoine se voyait
berné dans la capitale par une baronne de son propre pays.
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20
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RETOUR à STRASBOURG
En attendant «l’arrivée de nouveaux fonds…» suite
à la malheureuse perte de son équipage, le chanoine alla
se faire pardonner à St. Lazare pendant une retraite de 10 jours.
Voilà que se présente à lui un «cocher de
bonne mine..» auprès duquel il réserve 2 places
pour Strasbourg, pour lui-même et son domestique et auquel il
verse 1 louis d’arrhes.
C’était un samedi, le voyage était prévu pour le
mardi suivant.
Le lundi, veille du départ, le chanoine pas de chance, se fait
voler sa bourse dans sa chambre à l’hôtel garni ou il
était descendu.
Après une enquête rapide il s’avère que l’auteur du
vol n’était autre que le portier de l’hôtel.
«Que faire………quand on fait perdre des louis par cent avec des
baronnes, on doit pouvoir perdre 10 avec un misérable»
conclut-il et donna l’absolution à son gueux.
Une filouterie terminée, voilà qu’une autre s’annonce
presque aussitôt!
En effet, le cocher qui devait le ramener à Strasbourg, lui
avait donné rendez-vous à 6 heures du matin le mardi en
question à l’enseigne du petit St. Martin… Il y avait bien du
Martin, mais le cocher n’était pas là!!!
Renseignements pris, il s’avèra que le fiacre, qui devait de
longue date 5 louis à l’aubergiste du St. Martin, avait
encaissé des arrhes et plus auprès de 10 personnes …alors
qu’il n’y avait de place que pour 4……!!! et avait fixé
rendez-vous aux 4 «élus» à 5 heures du
matin!!!
Comme le chanoine faisait partie des 6 autres avec son rendez-vous
à 6 heures …voilà encore une affaire dont il fut le
dindon avec son domestique.
Ici se vérifie le dicton… commandé et pas
cherché!!!
On s’en retourna donc à Strasbourg par une liaison ordinaire et
payante.
La baronne, quant à elle, «elle y est venue en effet peu
après moi…et j’ai eu le plaisir de la voir, sous mes
fenêtres, dans mon bel équipage de Paris..»!!!!!!
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21
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Pêche
copieuse
«Depuis 2 ou 3 siècles» sommeillait dans les
archives financières du chapitre de St. Pierre le Jeune à
Strasbourg une reconnaissance de dette de plus de 20.000 florins
impliquant plusieurs pays du Palatinat, les villes de Neubourg et
autres.
Cette dette «ne rendant
plus ni fonds, ni rentes» ne put être
récupérée malgré tous les efforts
déployés par le fameux prévôt du chapitre M.
de Regemorte!
Le travail désespérant de ce dernier mit en
appétit notre chanoine!!!
Pour se mesurer à lui,
le chanoine, muni des instructions et pouvoirs du chapitre, s’en alla
sur les chemins du Palatinat pour tenter de récupérer le
trésor.
près plusieurs voyages
à Mannheim au cours de l’année 1775, de
par ses nombreuses connaissances et sa diplomatie, il put
récupérer les 20.000 florins (=10.000 livres) et plus
pour les ramener à Strasbourg….!!!
Ce succès, il le doit entre autres, «au bon prince qui
commande aux flots du Rhin, du Neckar et du Danube»
provoqua chez le prévôt une attitude jalouse et vexatoire
ainsi décrite par le chanoine:
«Il n’en a pas moins résulté qu’à mon retour
à Strasbourg, voyant ces beaux florins, le chef piqué
soutint en guise de reconnaissance, qu’il avait très bien su que
j’étais un intrigant».
bon prince = CARLO THEODORO ELECTORI PALATINO
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22
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Chanoinesse à St.
PIERRE
….OU LE CHANOINE FARCEUR
Au cours d’un voyage qu’il faisait à Mannheim, concernant la
fameuse pêche au trésor, «une dame de la cour, qui
aimait bien rire, voulait que je fisse avoir une chanonie dans mon
église. Il doit faire bon vivre, disait-elle, dans un chapitre
ou l’on faisait de si bonnes pêches».
«En donnant une légère extension au
plein-pouvoir» dont il était porteur, il rédigea
l’arrêté du chapitre… à sa fantaisie et dont voici
quelques extraits:
«NOMINATION à un
canonicat, pour une dame d’honneur de la cour de Mannheim
qui en badinant, me tourmentait pour être chanoinesse de mon
chapitre».
«Cejourd’hui 9 du mois de mars de l’année 1775, les
prévôts, doyen & chanoines, dans leur assemblée
ordinaire…..ont
capitulairement délibéré…….qu’ils nomment par les
présentes à la chanoinie vacante, la personne de dame
Françoise de S… chevalière de l’ordre d’Elisabeth, &
officière de sa maison, dont le mérite éminent
& les hautes qualités
leur sont parfaitement connus………qu’elle ne jouirait point d’une
maison canoniale distincte; mais que, comme première chanoinesse
en titre de ladite insigne collégiale de St. Pierre, elle
partagerait par moitié l’hôte de M. le prévôt
(!!!!!)……..bien entendu ma dite dame ferait son stage, à
l’instar des autres chanoines….
Fait à Strasbourg en chapitre les jours & an que
dessus».
Un exemplaire fut envoyé à la dame «pleine d’esprit
et d’une société très agréable».
Cette plaisanterie
(on se souvient de celle qu’il avait faite à sa sœur) amusa bien
«les dames du château, même son altesse
électorale».
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23
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50 louis....la grâce!!!
Une affaire particulièrement sensible dépêcha le
chanoine à Paris.
Ce n’était pas cette fois-ci pour raison de santé (!) ni
pour se «promener»!!
Il s’agissait de solliciter la grâce à la cour pour
«le fils d’un laboureur condamné à la roue par
contumace».
«A la foire de son village bataillant sur la chaussée,
avec le bâton qu’il portait, il avait eu le malheur de faire,
dans l’ivresse, à un de ses camarades, une blessure à la
tête, qui, mal pansée, lui avait causé la mort. Le
père du fugitif perdant ainsi l’appui de sa vieillesse,
était aller trouver certain légiste d’une vallée
de
par-delà le Rhin, pour le consulter. Celui-ci avait
persuadé au pauvre paysan que par ses connaissances de
Versailles, il obtiendrait la grâce de son fils sous quinze
jours, mais qu’il fallait cinquante louis comptant.----Cinquante louis!
Le vieillard n’avait pas cinquante sous.
Cependant son enfant & la
roue le tourmentait. Il était allé emprunter
mille francs chez le juif, pour les offrir au protecteur à
cinquante louis la chose. Celui – ci les avait pris, les avait
gardés, n’avait jamais écrit une syllabe, & n’avait
jamais eu envie d’en rendre une obole».
Sensibilisé par le malheur de ce pauvre paysan, le chanoine
envoya un mémoire au garde des sceaux, de Miromenil, ministre de
la justice. Ce dernier lui demanda des copies assez dispendieuses du
procès, pièces payées par le chanoine.
Il prit également à sa charge la somme empruntée
au juif ainsi que
les intérêts correspondants.
La réponse du ministre
est reproduite ci-après:
RUMPLER ,
chanoine
A Versailles le 20 juin 1777
«J’ai reçu,
monsieur, la lettre que vous m’avez écrite le 8 de ce mois en
faveur du nommé B…. du lieu d’I….. juridiction de S…..
je suis très touché, comme vous, du sort de son
malheureux père; mais les circonstances du délit pour
lequel il est condamné ne me permettent pas d’implorer la
clémence du roi. Il résulte des éclaircissements
qui m’ont été donnés que ce délit
porte des caractères, &c. &c. ……..»
signé: Miromenil.
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CANONICAT DE
WARSOWIE
Début 1773, un ministre de France, en partance pour la
Pologne, fut l’hôte du chanoine en son domicile à
Strasbourg.
L’idée lui était venue de profiter du passage de cette
personnalité de la cour afin que cette dernière
intervienne auprès du roi de Pologne dans le but avoué de
se faire nommer à un canonicat honoraire de Warsovie!
Il se trouva qu’à l’époque un nommé GARAMPI
était nonce apostolique en Pologne ….le même prélat
dont il avait fait connaissance lors de son voyage à Rome!
Ce dernier appuya sa demande et le chanoine obtint le titre de chanoine
honoraire de Warsovie.
Ci-après la notification écrite du roi de Pologne:
«Monsieur le
chanoine RUMPLER.
Sur les
témoignages avantageux qui m’ont été rendus de vos
mœurs & vos talents, je me suis déterminé avec
plaisir à vous accorder les grâces que vous
désiriez de
moi & dont vous trouverez ci-jointes les patentes; persuadé
qu’elles vous feront des motifs pour vous attacher à moi
avec reconnaissance et vous concilier mon estime. Sur ce je prie
Dieu qu’il vous ait, Monsieur le Chanoine Rumpler, en sa sainte
garde.
Fait à Warsovie ce
14 janvier 1773 Signé:
STANISLAS AUGUSTE»
Cette nomination fut officialisée par un brevet signé du
roi de France permettant au chanoine d’accepter un canonicat honoraire
de Warsovie et d’en porter la croix.
En voici les termes:
«Aujourd’hui vingt
cinq mai mil sept cent soixante treize, à Versailles, Le Roi
ayant égard à la très humble supplication que lui
a fait le Sr. Abbé Rumpler ancien aumônier ordinaire de la
maison de SA MAJESTE, et chanoine capitulaire de l’église de St.
Pierre-le jeune à Strasbourg, de lui permettre d’accepter le
titre de chanoine honoraire de Warsovie que le roi de Pologne a bien
voulu lui accorder ……………….permet en conséquence SA MAJESTE AU
DIT Sr. Rumpler de porter
dans son royaume la croix du chapitre de Warsovie ………..signé:
LOUIS et plus bas
Duc d’Aguillon avec
paraphe
...et le chanoine
d’ajouter: «Ah! la sotte vanité! Un chanoine
d’Oberné vouloir être distingué par un ruban!»
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25
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Nomination
de chanoine …4 contre 5
En 1773 une élection de chanoine au chapitre de St. Pierre le
jeune se préparait.
Notre chanoine avait un candidat, et non des moindres, son propre
frère «plein de mérite» alors recteur
à Haguenau.
Quatre électeurs, dont
il avait les procurations écrites, se prononceraient pour
son frère .Ces 4 voix, plus la sienne cela ferait 5!!!
5 sur 9, la partie semblait être gagnée, pensait-il!
Mais le fameux prévôt, Mr. de Regemorte, et son acolyte
Mr. Lantz avaient un
autre candidat.
Il leur suffirait simplement de gagner l’une des voix, sur les quatre
en faveur du chanoine, et l’affaire serait gagnée pour le
prévôt!!!
Par l’intermédiaire d’un ami auprès de la cour, Regemorte
réussit
a faire changer d’avis le chanoine X …(membre du clan du chanoine) qui
était en déplacement à Versailles.
La balance pencha ainsi en faveur du candidat du prévôt!!!
Lorsque notre chanoine eut vent de ce revirement, il décida
d’aller aussitôt à Versailles afin de
récupérer la voix du confrère défaillant.
Il récupéra avec succès ladite voix du chapelain
« honteux et rougissant»
La partie serait gagnée………..mais ce n’était pas fini pour
autant!!!
Car les agents du prévôt se démenèrent pour
convaincre le chanoine X …de changer d’avis une seconde fois!!!….
Aussitôt le chanoine essaya de recontacter l’auteur des deux
revirements ……….mais
sans succès car le chanoine X était dès
lors introuvable, peut-être enlevé et caché du
côté de Marly..?
Il ne restait plus que 5 jours avant la fameuse élection: que
faire?
Le chanoine prit sa plume, adressa une requête au roi (LOUIS XV)
qui décida comme seule valable la toute première
procuration signée du chanoine X.
Malgré tous ces revirements……. qui fut l’heureux
élu?…..le candidat du prévôt (son propre neveu…!!!)
Quant au frère du chanoine, il se vit octroyer une pension du
grand-aumônier du roi mais ne put jamais en jouir, puisqu’il
mourut à Paris, suite à un refroidissement.
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Statuts du Chapitre de Saint
Pierre le Jeune
L’affaire de l’éviction de son frère du chapitre St.
Pierre le Jeune (voir nomination de chanoine 4 contre 5) alimenta de
plus belle les querelles entre le chanoine et le doyen Lantz d’une part
et par là même son ennemi de toujours le
prévôt Regemorte d’autre part.
Par lettre du 23.10.1773 intitulée: A Messieurs du
vénérable Chapitre de Saint Pierre le Jeune, le chanoine
demande de prendre chez lui le livre qui renferme les statuts, statuts
qu’il n’a jamais vus, afin de lui permettre de prendre connaissance
«des différents règlements qui doivent le diriger
& qu’on veut qu’il ait jurés».
Le doyen Lantz refusa la demande du chanoine sans consulter les
confrères sous prétexte qu’il n’était permis de le
lire qu’en Chapitre.
Malgré l’avis du Chapitre selon lequel le recueil ne
«pourrait point être pris par les chanoines à l’insu
de leurs confrères, mais qu’il ne serait refusé à
aucun d’eux, s’ils le demandaient», Mr le doyen a
néanmoins refusé.
Rien n’y fit, même pas une requête à monseigneur
l’évêque d’Arath …Le doyen Lantz refusa même
«que le livre des règles soit lu».
Or le chanoine aurait bien voulu connaître ces règles
avant de comparaître devant St. Pierre de peur que ce dernier ne
lui refuse les clés du paradis sous prétexte de la non
observance des règles contenues dans le dit livre.
Concernant les auteurs de ces
statuts il écrit: «Mais, me disais-je ensuite,
si ceux qui ont fait les statuts des potiers, étaient des
cruches; si les statuts des chapeliers ont été
dressés par des hommes sans têtes; les statuts
des chanoines n’auraient-ils pu aussi avoir été
rédigés par des â…s? Ce n’était
pas honnête à penser…..!»
La question des statuts resta
sur un statu quo….
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27
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BAIL
DE 9 ANS
...’’c’est que, privé de maison, par un statut, en ma
qualité de dernier
venu; si je voulais me rapprocher de mon collège, j’ai
été, comme qui dirait forcé, de louer
un hôtel à loger tout un chapitre, parce qu’il n’y avait,
dans tout le quartier, que cet hôtel à
louer’’.
Occuper l’hôtel avec ses 36 chambres revenait trop cher pour le
chanoine. Aussi trouva-t-il une autre solution ’’en faisant bail pour
le tout de moitié avec…le prince de Loevenstein, seigneur
aimable & de bonne société’’.
Etroitement liés d’amitié, le prince et le chanoine
avaient conclu un accord à l’amiable, partageant et les
appartements et les loyers…
«mais la retraite inopinée du prince & de la
princesse« faisait qu’après deux ans, le chanoine se
trouva seul à assurer les charges de tout l’immeuble….
Un an après, «deux bons princes, souverains du cœur de
l’Allemagne, …demandaient à y être logés, si je
voulais les meubler à mes frais«. Le chanoine accepta,
meubla les appartements à ses frais «au risque de me
ruiner « écrit-t-il.
«Deux années se passèrent pendant lesquelles
j’étais leur meilleur ami» dit-il!….et le jour de leur
départ, voilà que «les officiers attachés
à leurs maisons faisaient emballer les meilleurs de mes effets
sans avoir
daigné me prévenir de leur dessein».
Le chanoine pris soin de faire établir des actes juridiques
attestant «semblable pillage»…Poursuivis en justice, les
pillards transigèrent pour un montant de 40 louis ….et
«pour le bien de la paix, il a renonça aux 400 livres de
loyer qui lui étaient encore dus.
Le chanoine précise alors: «c’est après cet
esclandre, que mes fidèles détracteurs ont trouvé
joliment de quoi exercer leur caquet ou leur bon bec, pour
prévenir tous mes locataires présents & futurs,
qu’ils avaient à faire à un corsaire, capable de les
mettre
à la torture, s’ils osaient s’y frotter…»
Et de fait, à la suite
de ces querelles à propos loyer ou mobilier, les
adversaires du chanoine ne manquèrent pas de le dénigrer;
une critique redoublée lorsqu’il se fournissait en meubles neufs
ou vendus à l’encan.
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28
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EPITAPHE...à
la mémoire de son frère.
A Paris, après la mort
de son frère, Antoine Nicolas Rumpler, ancien
recteur de Haguenau, le chanoine voulu une épitaphe en marbre,
en mémoire de ce dernier dans l’église ou il avait
été enterré (église
du quartier de la Sorbonne).
Renseignements pris auprès du curé du quartier de la
Sorbonne qui devait être le dépositaire du cercueil du
défunt, il se ravisa aussitôt et compris qu’il
était vain de
réaliser une telle démarche.
En effet, ce curé, honnête homme, lui confessa que
Rumpler, lui avait confié 500 livres pour être
enterré dans le caveau de l’église.
Lors de l’enterrement, le cercueil avait bien été
«descendu en présence de quarante prêtres et
témoins, mais qu’il n’y avait pas resté 24 heures…
l’usage étant de retirer les morts, après la
cérémonie des funérailles & de les transporter
hors de la ville, pour ne pas empester les vivants de leur
dépouille infecte.»
Quant à l’épitaphe, si épitaphe il y a, elle n’y
séjournerait pas plus longtemps ou presque.
Les emplacements sur la muraille étant limités, les
épitaphes terminaient très vite leur existence pour aller
s’entasser sur un ancien cimetière situé près de
l’église. Ce qui fait qu’à la longue les emplacements
«se vendaient donc un millier de fois ….c’est comme
ça»!!!!
Le chanoine conclut: «Que le ciel récompense la candeur de
M. le curé! Elle a effacé dans ma tête toute
idée d’inscription lapidaire sur les murs sacrés du pays
latin».
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29
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VISITE
A VOLTAIRE
Muni d’une commission d’un prince d’Allemagne qui souhaitait s’informer
de la santé de Voltaire, notre chanoine s’en acquitta et se
présente au domicile du poète-philosophe.
Il raconte: «Il y avait
dans le salon une trentaine de personnes qui désiraient
être annoncées; le poète ne voulait voir personne
ependant je dis à Mde. DENIS de faire part à son oncle du
sujet de ma visite. Elle le fit, & elle m’introduisit peu
après dans son cabinet, où j’ai causé seul avec
lui, l’espace d’un bon quart d’heure, quoiqu’il fût
déjà bien cassé & très souffrant. Comme
je cherchais à le consoler par les ressources qu’offre la
religion, il se mit lui-même à en parler avec des
démonstrations d’une foi si vive, que je doutais, pour ainsi
dire, que je fusse chez M. de Voltaire.»
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30
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ROHRBACH….ou
acquisition par hasard!!!
A SPA, où il était parti prendre les eaux, le chanoine
rencontra parmi ses anciennes connaissances, un «certain baron,
chambellan & colonel au service d’un électeur … porteur d’un
sac d’or de mille carlins».
Ce baron voulu tenter sa chance au jeu dans l’espoir de quadrupler sa
mise et d’acquérir ainsi un domaine jouxtant sa terre et qui
était en vente depuis peu.
Personnage averti, notre chanoine tenta, mais en vain, de dissuader le
baron de risquer sa mise au jeu de dés.
Est arrivé ce qui devait arriver….le baron jouant sa
dernière pièce d’or, s’adressant à notre chanoine,
dit:«Ah! cher ami, que vous aviez raison.»
Le baron s’en allait le soir frapper à la porte du chanoine pour
lui demander de lui prêter une cinquantaine de louis!!!
«Pour les perdre encore» se disait le chanoine, non
«je lui en prêterai pas».
Pourtant il céda
…. et le baron s’en retourna à l’enfer (la salle
de jeu) ….gagna effectivement quelques louis puisqu’il remboursa le
chanoine le lendemain…..«mais il ne put remonter au niveau de sa
perte; ce qui le mit dans la nécessité de renoncer
à l’acquisition projetée…»
Mais à quoi ressemblait donc cette propriété
convoitée par le baron???
«Près de quarante feux, un château, un moulin, une
brasserie, haute et basse justice …chasse, pêche…des terres
immenses; tout cela était séduisant pour un homme qui
aimait la liberté & les lois.»
Or, justement notre chanoine,
qui dans son for intérieur, rêvait de vivre
retiré à la campagne, seigneur de quelque
propriété!!!
Le domaine était donc «une très bonne
affaire.»
Et c’est ainsi que deux mois après «je me suis vu haut
& puissant seigneur».
Il raconte par ailleurs: «J’y avais fait différents
voyages …. j’étais enchanté de mon acquisition; j’en
raffolais;…je comptais terminer paisiblement l’hiver de ma vie.., en
aimant Dieu de plus & mes ennemis de plus loin».
Qu’est-il advenu de cette propriété ………??? et où
se trouve-t-elle?
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31
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BILLET
DE LOTERIE
Il se trouva qu’un jour, un certain marquis de Chevigny, maître
de camp retiré ,s’intéressa à la collection de
peinture du chanoine. En retour, ce militaire invita le chanoine
à admirer la sienne. Occasion de faire connaissance…occasion
pour le
marquis de narrer au chanoine les ennuis consécutifs à
son procès à Coblentz…pour une quaterne gagnée
à la loterie électorale dont l’encaissement aurait permis
au militaire de rembourser ses nombreuses dettes.
Malheureusement, un procès long et latent empêcha le
marquis d’entrer en possession de son gain, le fameux quaterne
(= 4 numéros sortis au
tirage d’une même ligne horizontale de loto).
Il persuada donc le chanoine de lui «faire épouser ses
intérêts» et de plaider sa cause auprès de
son altesse électorale de Trèves.
Muni du mandat du marquis, le
chanoine s’en alla pour Coblentz, le lieu de consignation
du billet de loterie.
Il y entama la négociation et ses investigations permirent de
constater que l’administrateur du loto lui-même s’était
fait une immense fortune avec le fameux gain. Ce dernier fut
arrêté, et remboursa le montant du billet de loterie. Le
billet ainsi consigné fut donc libéré et la somme
d’argent disponible… de quoi libérer aussi le marquis de ses
obligations envers ses créanciers.
Mais cette fin heureuse eu des conséquences inattendues et
fâcheuses pour le chanoine.
En effet, la nouvelle fortune
du marquis, vit se précipiter une légion
de créanciers venus assaillir le chanoine. De partout pleuvaient
les saisies sur le malheureux billet de loterie avant que le chanoine
n’ait même pu l’encaisser.
Partout on pensait que des milliers de florins seraient disponibles
dans le pays de sorte
que la bonne manne attira même des brigands et des voleurs
impatients d’accaparer le magot. C’est ainsi qu’un quarteron de bandits
s’adressa au chanoine afin de lui emprunter 600 florins en lui
proposant comme gage une caissette contenant de précieuses
montres en or!!!
Le chanoine refusa.
Ils lui proposèrent par ailleurs de l’accompagner sur la route
de Strasbourg, soi-
disant, pour le protéger…….
Le chanoine se méfia de cette proposition et, comme les rois
mages, s’en alla à Strasbourg par un autre chemin!!!
Les bandits tentèrent de le poursuivre et s’en
retournèrent bredouille à Coblentz.
Pour se venger de cet affront, les bandits s’en prirent à un
autre ecclésiastique qui lui, leur prêta 40 louis pour une
quinzaine de jours…..avec comme garantie la fameuse caissette contenant
les montres en or!!!
Ce dernier, ne les voyant pas
revenir dans les délais, fit ouvrir la caissette...et
voilà qu’en fait de montres en or, on trouva soigneusement
emballés des belles caillasses du Rhin!!!!!!!!!!!
Avant d’encaisser les effets relatifs au fameux billet de loterie, le
chanoine avança
à tort!!!…environ 25000 livres de sa poche!!!
Il restait alors encore 13 à 14000 livres pour libérer
d’autres créanciers…………
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PROCES…
Son rôle de médiateur dans l’affaire Chevigney fut
à l’origine de nombreux déboires pour le chanoine. En
effet, il finit par se mettre à dos tous les créanciers
du marquis.
C’est ainsi qu’à son retour à Strasbourg (en provenance
de Coblentz) il fut actionné en justice devant le conseil
souverain d’Alsace à Colmar de même devant
l’officialité du diocèse de Strasbourg (affaires Maillet
et Bernier….affaires compliquées et sans grand
intérêt).
Conséquence: le chanoine fut condamné à solder
l’une des créances relatives au fameux billet de loterie et
défense lui est faite de se mêler désormais
d’affaires de négoce….
Sentence du 20 juin 1782 OFFICIALITE
DU DIOCESE DE STRASBOURG
Parties ouies
& les conclusions du promoteur, de l’avis de nos assesseurs, nous
avons condamné le défendeur à payer au demandeur
la somme de 3000 livres provenant du billet de loterie, sauf à
déduire ce qu’il justifiera avoir payé
déjà. Et quant au chef de la demande de deux mille
florins d’empire,
avons débouté le demandeur, sauf son recours contre
qui & ainsi qu’il avisera. Et faisant droit sur les
réquisitions du promoteur, avons fait défense au
défendeur de se mêler désormais d’affaires de
négoce & de tout ce qui a rapport, comme contraire à
l’état ecclésiastique & aux Saints Canons,
néanmoins sans dépens.
Fait & jugé au
prétoire de vénérable consistoire les jours &
an que dessus.
Signé TOUSSAINT
évêque d’Arath..........collationné , signé:
Weinborn
Pique à vif dans son amour propre, lui qui
n’avait jamais poursuivi quelque affaire par égoïsme s’en
retourna engager des procès – pour justifier de sa bonne foi –
devant
l’officialité épiscopale de Strasbourg, devant la
commission métropolitaine à Mayence, devant le conseil
souverain de Colmar, devant le Conseil d’Etat à Paris et
à Versailles.
Comme en toute circonstance il fut dupe de sa franchise et de sa
bonhomie naturelle. Victime de la jalousie et de l’injustice injurieuse
des hommes il s’adressa à l’opinion publique en publiant, non
sans difficultés, son «Histoire véritable de la vie
errante et
de la mort subite d’un chanoine qui vit encore, écrite à
Paris par le défunt lui-même:
Dieu lui fasse paix.
Publiée à Mayence depuis sa
résurrection avec la filiation des pièces (1) que sa
fermeté a fait
naître:
LE TOUT POUR L’INSTRUCTION DES JUGES DU REVERENDISSIME CONSISTOIRE
METROPOLITAIN.
sans avertissement ni avant- propos, ni préface quelconque, par
déférence pour les lecteurs qui ne m’ aiment pas».
MAYENCE M DCC LXXXIV = 1784 (1)
(nombre de pièces:101)
A cette biographie il faut ajouter le
«RECUEIL DE LETTRES ET D’APPROBATIONS DE
de différents souverains, de plusieurs princes de
l’église, de quelques dames qualifiées, de magistrats, de
militaires, de censeurs royaux, de jurisconsultes, de
littérateurs, &&& POUR être
joints, comme supplément, à
l’Histoire véritable de la vie errante &&&»....
...FRANCFORT M DCC LXXXVIII = 1788
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33
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RECUEIL
DE L’UNE OU L’AUTRE LETTRE D’APPROBATION DE DIFFERENTS SOUVERAINS,
PRINCES etc…….et d’une lettre de son neveu LAQUIANTE.
Lettre de S.E.Mgr le Cardinal
ambassadeur de S.M. à Rome
Rome, le 18 mars 1786
J’ai reçu hier, Monsieur, par la poste d’Allemagne, les
mémoires en deux volumes que vous m’avez adressés et que
je lirai avec plaisir. Je ne puis que vous remercier de vos attentions
pour moi,
et désirer des occasions de vous témoigner, Monsieur,
l’estime et la considération que vous méritez.
signé le Cardinal de BERNIS
Lettre du neveu de FREDERIC II
Monsieur RUMPLER DE
ROHRBACH, votre lettre et votre livre, d’un mort vivant,
adressés au roi Frédéric second, mon oncle, l’ont
trouvé réellement mort, à leur arrivée
d’ici.
Néanmoins j’ai
jugé à propos de vous faire réponse, afin de vous
éviter une seconde métamorphose. Votre livre,
écrits en jeux de mots, m’a laissé entrevoir combien il
est facile, avec de l’esprit, de se tourmenter et d’être
tourmenté. Je souhaite que votre résurrection vous
procure toutes les douceurs que les bons chrétiens se promettent
de goûter dans l’autre vie. Sur ce je prie Dieu qu’il vous ait en
sa sainte garde.
Lettre de M. BERTHELOT? docteur agrégé de la
faculté de droit de PARIS
le 17 sept. 1787
C’est avec un
véritable intérêt que j’ai lu l’Histoire
véritable de votre vie errante et de votre mort subite; il
m’aurait fallu un grand effort pour ne pas aller jusqu’au bout. Il est
difficile, je crois, d’être plus plaisant à la fois et
plus édifiant.Ce livre serait très profitable à
l’éducation des jeunes gens; ils y trouveraient un esprit
délicat, la philosophie la plus noble et la plus courageuse. Je
me félicite, Monsieur, que mes fonctions m’ayant donné
des rapports avec une personne aussi estimable que vous l’êtes,
et je me trouverai très honoré si vous agréez le
respect avec lequel je suis, Monsieur l’abbé,
votre,&c.
APPROBATION d’un jeune
homme suspect, car il est mon neveu. Il paraît cependant que la
fine diplomatique n’a pas encore subtilisé tout à fait sa
franchise alsacienne, proscrite en bonne politique.
Vienne, le 13 juillet 1787
Mon cher oncle,
J’ai relu ces jours-ci et
pour la 3eme fois, toujours avec un nouveau plaisir, vos
mémoires. Je vous avoue franchement que je ne puis pas
résister au désir de vous le dire et de vous demander de
vos nouvelles. Vous m’oubliez, vous ne pensez non plus à moi
qu’aux louis que vous avez semés sur la route de Paris; mais
quoique fier, mon cher oncle, avec tout autre, je ne saurais
l’être avec vous. Il y a quelque chose dans mon cœur qui me
dit que nous avons de grandes ressemblances; qu’il viendra un temps
où j’aurai la satisfaction de refaire connaissance avec vous; de
vous témoigner à mon aise mon respectueux attachement, et
de me former à votre école. Il y a plus, mon cher oncle,
mon instinct me dit que nous passerons ensemble des mois et des
années sans nous brouiller. Je ne laisse pas
cependant que d’aimer la rixe par-ci par-là; cela aiguise
l’esprit
et anime la conversation. Mais persuadé que vous aurez presque
toujours raison, je crois qu’il me faudrait l’avoir eu six fois sans
souffler, pour oser vous exposer mon cas avec l’entêtement que je
développe d’une manière vraiment alsacienne à
l’égard de mes amis. J’ai prêté votre ouvrage
à ceux que j’estime le plus, et ils m’ont enorgueilli, en
m’assurant qu’ils me retrouvaient dans vingt endroits; que mon style
même ressemblait beaucoup au vôtre. Jugez, mon cher
oncle, comment, avec ce fond d’affection, que je vous porte, et qui
ne fait que croître avec les années, à mesure
que je m’éloigne de la dissipation, et que ma philosophie se
fortifie; jugez, dis-je, combien vos nouvelles me deviennent
précieuses. Je crois bien que mon petit amour propre y est pour
quelque chose;
car vous avez la bonté de me dire toujours quelque chose de
flatteur; mais certainement une véritable tendresse, et une
grande
similitude de goûts font le fond de mon attachement. Ce n’est
point
auri sacra fames; car je vous aime, il me semble, plus actuellement, mon cher
oncle, que vos procès ont absorbé sans doute votre
fortune, que lorsque vous étiez riche. Ce n’est pas non plus la
vanité; car un secrétaire d’ambassade pourrait le
disputer peut-être à un doyen de collégiale, fut-il
recteur d’université. C’est moins encore un sentiment
d’habitude; car, dans mon enfance, je vous ai fait ma cour si rarement,
que je vous étais presque étranger, lorsque vous avez eu
la bonté de me conduire à Vienne. C’est donc une
espèce d’attraction, qui s’est développée, depuis
que j’ai fait avec vous une connaissance plus particulière par
écrit.
Un de mes plus jolis
châteaux en Espagne s’est réalisé dans nos
montagnes; je le dois à quelque veuve que mon innocence et mes
dents blanches ont captivée, (comme dirait un homme du bel air).
Il y a pêche et
chasse, jardin et bibliothèque, cave et paroisse. Le tout est
bien conditionné, mais plus propre qu’élégant,
plus commode que vaste, plus gai que brillant; les domestiques ne sont
pas nombreux, mais intelligents; ils guettent vos regards, et vont
au-devant de vos désirs. Ma table est plus succulente que
somptueuse; ma bière est fraîche, mon vin est vieux, et
mes fruits sont délicieux.
Enfin, mon cher oncle, on
y file des jours divins……Mon Dieu! j’ai déjà
barbouillé tout mon papier, et je ne vous ai rien dit encore de
différents petits conseils que j’aurais eu à vous
demander. Cependant, comme rien ne presse à cet égard, je
remettrai ma prière à une autre occasion, pour ne pas
ajouter une seconde feuille à celle-ci.
Soyez bien
persuadé, mon cher oncle, qu’on ne saurait ajouter aux
sentiments et de respect avec lesquels j’ai l’honneur d’être,
& c.
signé
LAQUIANTE
(LAQUIANTE = fils de la sœur du chanoine
Autre compliment d’un homme de lettres.
Je me suis trouvé,
Monsieur, dans le cas de voir par hasard votre Histoire
véritable..., je l’ai dévorée avec tant de
volupté, que je ne résiste pas à la satisfaction
d’oser vous le dire: daignez donc, en agréant mon compliment
bien sincère à cet égard, me permettre de vous
témoigner directement ma reconnaissance personnelle, pour le
plaisir que vous m’avez fait goûter, et que tous vos lecteurs
doivent nécessairement éprouver comme moi, s’ils sont
amis de la vérité, de la gaieté, de la candeur et
de la saine morale, en même temps qu’ils abhorrent, ainsi
que vous et moi, le despotisme, l’iniquité, le mensonge et
l’oppression.
Je suis avec profond
respect, Monsieur, votre &c.
Signé:
LE CLERC
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34
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COMMERCE DE TABLEAUX.
Au n14 de la rue du coin-Brûlée à Strasbourg
habitait en son temps une famille de peintres-graveurs, la famille
Brentel.
Le plus connu d’entre eux était Frédéric Brentel
(1580- 1651), fils de Georges, également peintre originaire de
Lauingen en Bavière.
Parmi ses tableaux, le plus souvent des miniatures haut en couleurs et
d’un aspect éclatant, figurait le fameux volume manuscrit,
daté de 1647, exécuté pour le margrave Guillaume
de Bade.
Ce volume, un genre de diptyque in octavo, comportait, en miniature, 40
tableaux des maîtres célèbres tels que Breughel,
Durer, Van Dyck…..et autres.
Ce trésor avait appartenu à la margrave Agusta-Sibille de
Bade et fut vendu en 1775 pour 275 florins ………l’heureux
acquéreur était……….notre chanoine Rumpler.
Ce dernier le revendit pour une somme de 6000 livres au prince de
Conti……et se trouve maintenant à la Bibliothèque
Nationale.
p.m:
d’autres miniatures: Orphée aux enfers………………musée de
Strasbourg, cabinet des estampes et des dessins
miniature «paysage fluvial avec fuite en Egypte»,
daté de 1638
Bankett des Margraven Wilhelm
von Baden
source: Strasbourg, Historique et Pittoresque de Ad. Seyboth page 383
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LA
REVOLUTION DE 1789
.....et la CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE
La Révolution française mit fin aux procès
nombreux et compliqués dans lesquels était
impliqué le chanoine.
Cité en dernière instance devant plusieurs juridictions:
- Mayence, Paris, Versailles, Fontainebleau, Metz et Besançon,
il s’en sortit gagnant, mais au détriment de sa fortune
personnelle…
La dissolution du Chapitre de
St. Pierre le Jeune eut comme conséquence majeure
le retour du chanoine à la vie civile et sa décision de
ne plus accepter de fonction ecclésiastique.
Ses confrères quittèrent peu à peu le dit
Chapitre. Il en fit de même lui mais resta à Strasbourg et
s’établit dans une grande propriété qu’il fit
bâtir sise rue de l’Egalité, aujourd’hui rue de la
Mésange.
Partisan des idées nouvelles, il dénoncera
néanmoins de par son attitude libre et indépendante les
travers de l’agitation révolutionnaire au moyen de multiples
écrits plus sarcastiques les uns que les autres!!!… aucun
résumé ne saurait traduire le style de l’avocat qu’il
fut, le diplomate qu’il était au milieu des grands de l’ancien
régime en France et en Europe, l’interlocuteur incontestable
qu’il fut (!) dans
les évènements concernant la politique nouvelle
dans la capitale alsacienne.
Son penchant pour la politique nouvelle le conduisit aux
élections municipales de février 1790. Elu à une
large majorité, il fut membre du premier conseil municipal de la
ville de Strasbourg.
Ce dernier fut intronisé le 18 mars, cérémonie
durant laquelle les membres élus s’acquittèrent de la
fameuse prestation de serment à la nouvelle constitution….y
compris notre chanoine!!! devant une foule nombreuse et qui s’acheva
par
un Te Deum à la cathédrale en présence de toutes
les autorités religieuses.
Voici ci-après les termes du fameux serment:
«Nous jurons de rester à jamais fidèles à la
Nation, à la
Loi et au Roi; de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution
décrétée par l’Assemblée Nationale
Constituante et acceptée par le Roi; protéger
conformément aux lois la sûreté des personnes et
des propriétés, la libre circulation des biens
et subsistances dans l’intérieur du royaume et la perception
de contributions publiques et de demeurer unis à tous les
Français par les liens indissolubles de la
fraternité.»
Le 16 juin 1790 eu lieu la fête de la Fédération du
Rhin dans la Plaine
des Bouchers (située devant la Porte de l’Hôpital) pendant
laquelle, sur l’autel de la Patrie, le chanoine prêta à
nouveau serment avec les autorités de la commune.
En novembre 1790 , lorsque furent créés les tribunaux de
districts, le chanoine fut désigné pour en faire partie
et à cette occasion prêta à nouveau le serment
civil.
Il fut également membre du bureau de paix et de conciliation.
Il faut bien noter que ces prestations de serment ont été
«prêtées» par notre chanoine en tant qu’agent
civil ou membre du
conseil municipal (sans charge ou fonction ecclésiastique) et
ce, avant que la fameuse Constitution civile du clergé
n’ait été décrétée .
(= réorganisation de l’Eglise de France sans l’accord de Rome…)
En effet, par décret du 27 novembre 1790, l’Assemblée
exige des membres du clergé le serment constitutionnel dont la
formulation trouva une forte opposition sinon un refus
catégorique parmi le clergé et notamment auprès de
notre chanoine.(1)
Pourtant, en principe, le chanoine n’avait pas à prêter le
serment de la constitution civile du clergé, n’ayant pas de
fonction ecclésiastique!!!!
Mais lorsque plus tard la formulation de ce serment fut comprise dans
celle exigée de
tous les employés civils, une période de
persécution commença pour le chanoine motivée par
le refus de prêter serment dans la dite
formulation. Ce comportement lui valut d’être
considéré comme prêtre parjure par ses
coreligionnaires et comme prêtre réfractaire par les
révolutionnaires!!!
(1) voir la formulation élaborée par le chanoine en vue
de trouver une solution intermédiaire………
«Formule d’une déclaration, dont le projet a
été conçu par un prêtre vertueux,
fonctionnaire public de la commune de Strasbourg, dans la vue de
rassurer la conscience de ses confrères, relativement à
la prestation du serment exigé par la loi, lequel doit se
prêter dimanche, le 23 janvier 1791»….. prestation qui n’a
pas vu le jour!!!
Autre écrit relatif au
serment…..
«Mes doutes, ou réflexions d’un prêtre citoyen du
département du Bas-Rhin sur le serment civique du clergé,
adressées
à ses confrères fonctionnaires publics.»
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36
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....de
chanoine à EVEQUE…!!!?
La Constitution civile du clergé comportait, entre autres, les
dispositions pour l’élection des évêques dans
chacun des 83 départements créés.
Les évêques sont
élus par l’assemblée des électeurs du
département, c’est à dire, par le corps électoral
politique (les curés le sont par les
districts)……..électeurs catholiques, luthériens,
calvinistes confondus.
Il faut ajouter que toutes les fonctions ecclésiastiques sans
charge d’âme sont supprimées…..(de ce fait le chanoine
perdit son titre de chanoine!!!)
Peu avant cette élection, certains membres du
département, des districts et du conseil municipal de Strasbourg
tentèrent de persuader le chanoine (qui reste prêtre
malgré tout) de poser sa candidature à ce poste!!!
Ce dernier déclina la proposition en spécifiant qu’il
n’accepterait aucune charge pastorale… préférant sa
liberté d’action à une course d’intérêt
personnel.
Malgré cette attitude on lui reprocha quand-même d’avoir
voulu devenir évêque!!!
Il répliqua aussitôt par sa «Lettre au
rédacteur de la chronique de Strasbourg»
L’élection proprement dite se déroula le 6 mars 1791.
M. BRENDEL, par 419 voix (catholiques et protestants!) fut
désigné comme évêque constitutionnel du
diocèse du Bas-Rhin.
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37
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Le
Mont Sainte Odile? ….. j’achète!!!!
Il serait trop long et fastidieux de relater l’évolution
progressive de la prise
de possession du Mont Sainte – ODILE et de ses dépendances
par le chanoine.
Néanmoins il est intéressant de noter quelques faits
marquants suite au décret du 2 novembre 1789 réunissant
au domaine national tous les couvents, églises etc. ….dont le
monastère du Mont Sainte ODILE.
La première soumission
(adjudication du 7 mars 1791, district de Benfeld) échappa
au chanoine du fait de l’attitude de son agent (ancien
contre-maître du chapitre de St. Pierre le Jeune) qui lui, avait
été «acheté», pour quelques centaines
de francs, par un soumissionnaire également
intéressé par le premier lot comprenant la maison de
ferme et l’hôtellerie, prairies, champs et forêts.
L’acquéreur était le sieur Meinrad BRUDER boucher et
maire de MUTZIG au prix de 14100 livres.
Toutefois le chanoine avait fait différer la vente des
bâtiments à destination religieuse.
Ce n’est que le 27 mai 1796 (après sa sortie de prison, le 25
avril 1795, vu son refus de
prêter serment) qu’il put soumissionner le couvent avec
l’église et les chapelles, ainsi que les jardins et la grande
cour plantée de tilleuls. Le prix était
de 3.195 livres. Son premier souci fut d’aller sur la montagne
afin de se rendre compte de l’état des lieux. Pour ce faire,
et en passant par Ottrott, il emmena le maire de la commune et
deux autres personnes pour les accompagner.
Les bâtiments étaient dans un état lamentable: tout
avait été dévasté par les
révolutionnaires («bandes de jacobins»): plus de
portes, plus de fenêtres, plus de planchers ni tableaux. Les
autels avaient également été renversés, les
ex-voto et les peintures avaient été brûlés
au milieu
de l’église.
Arrivés dans la chapelle où reposaient les ossements de
la sainte, ils
constatèrent que la tombe avait été
enfoncée!!!………Alors qu’ils scrutaient l’intérieur du
sarcophage à travers une ouverture, qui n’était
pas plus grande qu’une tête d’enfant, ils purent constater
avec joie et soulagement la présence des ossements parfaitement
alignés!!!
Le tenancier de l’auberge et sa femme soutenèrent que les
pilleurs ayant également examiné le sarcophage en vue d’y
trouver de l’or,
de l’argent et de pierres précieuses, furent si éblouis
qu’ils n’y trouvèrent rien!
De peur que l’endroit ne fusse à nouveau exposé à
la rage des «athées» le chanoine décida de
mettre en lieu sûr
les saints ossements. Il fit agrandir l’ouverture du sarcophage pour
permettre au fils de l’aubergiste (l’enfant avait 5 ans) d’y
pénétrer et de sortir les ossements. Ces derniers furent
enveloppés dans une toile de lin et posés dans une caisse
fermée par trois scellés. Cette dernière fut
confiée à deux hommes sûrs afin d’
être entreposée dans une église ou quelqu’autre
endroit tenu secret.
Ce fut dans la sacristie d’OTTROTT-le-Haut que fut déposé
le précieux colis, le 24 avril 1795. Un procès-verbal en
date du 4 mai 1795 en témoigne. Craignant que la sacristie d’une
église à peu près abandonnée ne fusse pas
un endroit assez sûr, les reliques furent finalement
cachées dans une maison particulière, à savoir
chez le tailleur de pierres Mr. Joseph ROSER.
Alors que les troubles de la Révolution s’estompaient et qu’un
prêtre était à nouveau installé par le
chanoine, les reliques de Sainte-Odile retrouvèrent leur
emplacement dans le sarcophage restauré.
Un Te Deum accompagna la cérémonie de l’inhumation le 6
octobre 1800.
Le procès-verbal rédigé par le chanoine et
signé par 23 témoins fait foi de cet
événement.
Le préambule de ce procès-verbal comporte une information
très louable en soi mais qui prête à confusion si
l’on fait état du contrat de vente du 19 nov. 1798 (donc
antérieur au 6 oct. 1800) par lequel il avait cédé
le domaine à son neveu Michel LAQUIANTE pour 40.000 Fr.
En effet, il y exprime sa volonté en stipulant que le Mont Ste
Odile, avec ses dépendances, devait être restitué
à l’Eglise et demande à ses héritiers
d’opérer cette restitution…..
Il en résulte que cette restitution n’a jamais pu avoir
lieu!!!
Quoiqu’il en soit le chanoine
ordonna les travaux nécessaires pour la restauration
de l’ensemble des bâtiments. Une équipe d’une quinzaine
d’ouvriers s’afféra à reconstruire tout ce qui avait
été dévasté. Par
ailleurs, le chanoine avait engagea une cinquantaine de charretiers
pour le transport du matériel et des meubles en tout
genre afin d’équiper les bâtiments.
Mais cette réhabilitation n’était pas du goût des
révolutionnaires qui la nuit tombée encombrèrent
le chemin de la montagne par des pierres ou même de gros rochers
…….de sorte qu’il fallu trois jours aux ouvriers engagés pour
libérer l’accès du chemin à l’aide de cordes,
treuils et leviers………….
Par la suite, en 1828, la veuve de Michel LAQUIANTE (suite au partage
de ses biens entre ses enfants) attribua à son fils Arthur
LAQUIANTE, le couvent avec toutes ses dépendances.
Ce dernier le revendit …….et la montagne connut par la suite plusieurs
autres propriétaires…
C’est en 1853 que, Mgr. RAESS
alors évêque de Strasbourg, fit l’acquisition
du domaine au nom et pour le compte du diocèse au prix de 40.000
francs.
REMARQUE concernant Mr. Michel Laquiante:
= fils de Charlotte Rumpler, sœur du chanoine |
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Adjudication
des biens de l’Eglise…..
…………..quelques acquisitions par le chanoine (celle du Mont Ste ODILE
relatée par
ailleurs)
- église des capucins et ses dépendances à Obernai
(…….le chanoine en avait fait don à la ville)
- de nombreux champs situés dans le Kochersberg dont les ventes
aux enchères lui valurent beaucoup d’ennemis, et par
conséquent des procès à n’en plus finir, ses
offres étant toujours supérieures à celles de
autres enchérisseurs!!!
L’ambiance de certaines séances était parfois très
houleuse quand arrivait «le grand et maigre abbé»
…surtout dans les lieux non-catholiques!!!
- l’exemple de l’adjudication
qui s’est tenue à Haguenau (mai 1791) pour des
terres situées sur le ban de Lampertheim engendrèrent pas
mal de déboires
- déboires également et menaces de mort lors de la vente
aux enchères des
terrains et biens de son propre chapitre St. Pierre le Jeune de
Strasbourg…(juin 1791
)
………….quelques écrits y
référant: Réponse à:«à J.F.
Simon (journaliste), le censeur» dont un extrait
ci-après:
«Je suis surpris,
Monsieur, que plein de zèle, comme vous l’êtes, pour
l’honnêteté publique autant que pour
l’intérêt national, vous n’ayiez pas songé encore
à improuver, dans vos feuilles,
la conduite des jardiniers de notre commune, qui, dans la salle
de district, en présence de plus de cent personnes, m’ont
impudiquement menacé, jeudi dernier, de massacre et
d’assassinat, de ce que j’avais fait plusieurs mises, de 5 à
6000 livres chaque fois, sur des terres de St. Pierre le Jeune, dont
ils auraient voulu dépouiller la Nation, pour le dixième
de la
valeur des ces terrains, au préjudice de leurs concitoyens,
à qui certainement il importe que la dette de l’état soit
acquittée, le plutôt possible, de la vente des domaines
assignés à ses créanciers………»
Strbg ce 15 juin 1791, RUMPLER
- pire encore: après une séance d’adjudication qui se
tint à Haguenau (août 1791)………sur la route entre Haguenau
et Strasbourg, il est tombé dans une véritable
embuscade!!!…..7 paysans à cheval, de Pfulgriesheim, dont l’un
était le maire du village, le menacèrent de mort et
le rouèrent de coups ainsi que le conducteur de sa berline…A un
moment donné, l’un d’entre eux, du haut de son cheval
voulut frapper le chanoine. Le cavalier en tomba de sa monture laquelle
par ce mouvement chuta sur son maître…et l’écrasa. Le
paysan mourut quelques instants plus tard malgré tous les
efforts de ses compagnons d’infortune.
Le chanoine et son serviteur se sauvèrent à pieds vers
Brumath …
…………. d’autres disputes , d’autres conflits et actions en justice
dénotent une certaine obstination du chanoine dans l’acquisition
de biens nationaux.
Ses diatribes envers les autorités de justice lui valurent
même un emprisonnement
de quelques jours dans une tour des Ponts Couvert…….!!!
(voir tribunal de district pour les qualificatifs et motifs concernant
la conduite du
chanoine ……)
……autre affaire, un écrit émanant d’un invité
à la table du cardinal de Rohan à Ettenheim dans lequel
le chanoine fut qualifié de «voleur des biens de
l’église»………. réponse de sa part dans «Avis
aux censeurs de mes
principes».
Remarque générale:
pour la défense du chanoine il faut tenir compte du fait
suivant: l’achat de tous ces biens (terres, couvents etc.) devait
servir d’une part à la sauvegarde des lieux de culte… et d’autre
part au financement d’un projet de construction d’un orphelinat dans sa
ville natale.
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comment
le chanoine était jugé par ses adversaires!
EPITRE ACRIMONIEUSE ADRESSEE PAR LES ADMINISTRATEURS (DIRECTOIRE…) au
MINISTRE DE L’INTERIEUR LE 14 NOV. 1792, contre l’ex-chanoine.
«Le sieur Rumpler, en feignant quelques fois d’aimer sa patrie,
s’est servi de ce voile d’imposture pour mieux déchirer son
sien. Loin d’être soumis aux lois, il a déclamé
ouvertement contre celles qui frappèrent les
ecclésiastiques réfractaires ou celles qu’il
prétend blesser le culte dit catholique – romain. Si, dans
l’origine de la Révolution, il a
été placé dans le Conseil Général de
la commune de Strasbourg, c’est des mains de l’aristocratie qu’il a
reçu ces fonctions. Il siège au Bureau
de Paix, il est vrai, mais il y a longtemps que l’opinion publique le
déclare indigne d’occuper une place quelconque dans
ce temps de la Révolution, dont il est l’ennemi
déclaré. Il importe peu à sa position actuelle,
comme prêtre, qu’il ait, avant la Révolution,
employé partie de sa fortune à l’entretien des orphelins;
qu’il avance sans le prouver, avoir sacrifié plus de deux mille
écus pour concilier les procès de ses concitoyens; qu’il
ait remis dans la caisse de la commune douze cents livres pour don
patriotique, tandis qu’il a plus de quinze mille livres de revenus.
Il n’a rien tiré de la
nation, pour son traitement de chanoine; c’est qu’aux
termes de la loi, il s’en est rendu indigne, en partageant avec ses
collègues les deniers d’une certaine caisse du chapitre (= St.
Pierre le Vieux), dans un temps où elle
appartenait à cette même nation, dont il se dit l’ami, et
en enlevant quelques ornements d’église pour gage de
son traitement. S’il n’a pas reçu d’indemnité pour
sa maison canoniale, ce n’est pas faute d’avoir fatigué les
administrateurs de ses demandes réitérées; mais
ceux-ci se sont refusés à les accueillir jusqu’au moment
où les comptes de son chapitre auraient été
rendus. Si dans ses écrits, il a censuré le vice, il a
encore plus souvent déclamé contre des hommes intacts et
au-dessus de tout soupçon. On s’est fort arrêté
à la prétendue noblesse, achetée de ses
pères et encore moins à son équipage, une
domestication nombreuse, qu’il n’a jamais eue ou à la retraite
qu’il a pu donner à de ci-devant religieuses. Mais les faits qui
ont provoqué la dénonciation et l’arrêté des
administrateurs, les voici.
Lors de la fuite de Louis et de son arrestation à Varennes, le
Conseil Général de la commune a arrêté, en
présence des deux autres corps administratifs, que chaque membre
prêterait de nouveau le serment civique; le notable Rumpler s’y
est refusé; il a voulu faire des restrictions relatives à
la loi sur la Constitution civile du clergé, qu’il disait ne
pouvoir reconnaître, et ce refus antipatriotique a
provoqué son exclusion du sein de cette assemblée
où il n’a
plus été admis. Depuis qu’on a mis cette loi en
exécution dans ce département, il n’a rien omis pour
l’entraver.
Il s’est constamment montré le défenseur des
prêtres réfractaires et de leurs adhérents; il
s’est au contraire déclaré l’ennemi de ceux qui ont
obéi à la loi et il n’a cessé de les
détracter dans ses écrits, dans ses discours et a fait
tous ses efforts pour leur ôter la confiance de leurs
paroissiens. Partout il a semé les erreurs d’un fanatisme
meurtrier; partout il a propagé ses odieuses maximes. C’est lui
qui avait pris à bail
l’église des ci-devant Capucins pour y célébrer le
culte des non-conformistes. Depuis qu’elle est fermée,
il s’est avisé de dire plusieurs fois la messe dans sa maison et
d’y rassembler une multitude de personnes aussi fanatiques qu’il est
fourbe. Ce citoyen enfin est mille fois plus dangereux
que ceux qu’on a déportés ou réunis dans la maison
commune. C’est un brouillon qui brave toutes les autorités et
qui a fait un mal infini dans la commune de Strasbourg et les
environs.
Vous voyez, citoyen, que le sieur Rumpler vous a imposé à
tous égards et qu’il vous a déguisé des faits qui
appellent contre lui toute la sévérité d’une loi
qui n’est susceptible d’aucune interprétation.
Déjà la police correctionnelle s’est vu obligée de
sévir plusieurs fois contre lui. Il est temps que cet homme plus
coupable que les autres, subisse au moins la même peine qui est
prononcée contre ceux-ci. Nous attendons avec impatience une
réponse dont la manière d’être de cet
individu sollicite la plus grande célérité».
P.V. de séance du 14 nov.1792
…………….à suivre
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